Le sel dans l’air. Une brise froide, presque mentale. La côte n’est pas un décor, mais un état intérieur. Pour l’automne 2026, Thom Browne installe sa collection dans un paysage rêvé de Nouvelle-Angleterre, quelque part entre Nantucket et la mémoire collective américaine. Rien de pittoresque. Tout est affaire de rigueur, de rythme, de répétition.
Chez Browne, l’ordre n’est jamais décoratif. Il structure. La collection s’ouvre sur un tailoring d’une précision presque liturgique. Tweeds héritage, fines rayures, constructions symétriques : chaque pièce affirme une maîtrise patiemment affinée. Le vestiaire classique est là — blazer, manteau, duffle-coat — mais toujours soumis à une tension. Les volumes s’allongent, s’amplifient, comme attirés par l’horizon marin. Le blazer Thom Browne, pièce pivot de la maison, réapparaît étiré, rééquilibré, débarrassé de toute nostalgie.
Cette base méthodique autorise ensuite le glissement. Les symboles entrent en scène, non comme des clins d’œil, mais comme des marqueurs narratifs. Nantucket surgit par fragments : paysages imprimés sur lin et soie, scènes peintes à la main sur tweed bouclé, broderies denses sur cachemire texturé. Herbes salines, écume perlée, blancs mousseux. La nature est traduite, jamais imitée. Elle devient motif, puis rythme.
Et puis il y a le homard. Figure centrale, presque obsessionnelle. Brodé, tricoté en intarsia, répété à demi sur velours côtelé ou doudoune, il impose sa présence graphique. Pinces carmin sur fond bleu marine ou noir profond. Ce n’est pas un motif ludique. C’est un exercice de constance. Une image rejouée jusqu’à atteindre la clarté. Chez Browne, la répétition n’use pas : elle ancre. « Ce qui se répète, perdure », semble dire la collection.
Les pulls de cricket, torsades, tricots en cachemire prolongent cette idée d’un vestiaire discipliné, presque scolaire, mais ouvert. Les poches plaquées, les coudières, les références utilitaires rappellent que ces vêtements sont pensés pour durer, pour servir. Remonter la pêche du jour, peut-être. Traverser le temps, sûrement.
Depuis ses débuts new-yorkais au début des années 2000, Thom Browne n’a cessé de questionner l’uniforme contemporain. Cette saison ne fait pas exception. Elle ne cherche ni la surprise immédiate ni la citation facile. Elle creuse. Elle répète. Elle impose un tempo. Dans un paysage mode saturé d’images rapides, l’automne 2026 affirme une autre ambition : inscrire la mémoire dans la matière.








































































































