La montre est posée à plat, mais rien, dans sa manière d’occuper l’espace, n’est horizontal. Tout y semble légèrement incliné, comme si le temps refusait ici de se tenir droit. Une lecture oblique de l’heure, deux chronographes qui dialoguent sans jamais se confondre, et cette sensation rare qu’un objet mécanique ne cherche pas à démontrer sa complexité, mais à l’organiser. La LM Sequential Flyback EVO n’est pas une montre spectaculaire. Elle est méthodique. Presque silencieuse.
Chez MB&F, le chronographe n’a jamais été abordé comme une complication de plus, mais comme un problème ancien mal résolu. Mesurer le temps, vraiment, implique de comprendre ses usages successifs, ses interruptions, ses reprises. La Legacy Machine Sequential, dévoilée en 2022, avait déjà déplacé le sujet en introduisant deux chronographes indépendants, synchronisés par un oscillateur commun et gouvernés par un cinquième poussoir — le Twinverter — capable d’inverser instantanément l’état des deux mécanismes. Ce geste conceptuel, aussi simple qu’un interrupteur binaire, avait valu à la pièce l’Grand Prix d’Horlogerie de Genève, distinction rarement attribuée à une montre aussi radicale dans son architecture .
La version Flyback, apparue en 2024 dans un boîtier Legacy Machine classique, ajoutait une fonction historiquement utilitaire — le retour instantané — sans céder au réflexe décoratif. En 2026, cette complication trouve sa place naturelle dans la collection EVO, avec un boîtier en titane grade 5, étanche à quatre-vingts mètres, doté d’une couronne vissée et d’un bracelet en caoutchouc intégré. Des choix concrets, presque prosaïques, qui déplacent la montre du cabinet de curiosités vers le quotidien réel, sans l’appauvrir.
Le cadran bleu-vert, ou plutôt la platine-cadran, n’est pas là pour séduire. Il structure la profondeur. Il clarifie la lecture d’un ensemble qui pourrait vite devenir illisible. Les deux chronographes — l’un à neuf et onze heures, l’autre à trois et une heure — fonctionnent de manière totalement autonome. Chacun peut être lancé, arrêté, remis à zéro indépendamment. La fonction flyback s’active naturellement, par le poussoir de remise à zéro, lorsque le chronographe est en marche. Rien n’est ajouté, tout est absorbé dans une logique d’usage.
Ce qui distingue réellement cette pièce ne se voit pourtant pas. Le cœur du mouvement repose sur des embrayages verticaux à empierrage interne, conçus pour limiter drastiquement les pertes d’énergie, là où deux chronographes superposés auraient dû les doubler. Le flyback, mécaniquement délicat, a nécessité l’intégration d’un rubis spécifique, fabriqué à la main lors des premiers prototypes pour valider un principe devenu l’un des brevets du calibre . Ce détail dit beaucoup de la méthode.
Le mouvement a été conçu par Stephen McDonnell, figure singulière de l’horlogerie contemporaine, plus ingénieur narratif qu’esthète décoratif. Sa collaboration avec Maximilian Büsser repose sur une idée simple : un chronographe n’est utile que s’il peut s’adapter à des situations réelles. Mesurer deux efforts distincts, suivre des tours successifs, cumuler des durées non linéaires. La Sequential Flyback EVO ne cherche pas à rivaliser avec l’horlogerie sportive traditionnelle ; elle en redéfinit la grammaire.
La collection EVO, souvent perçue comme une déclinaison plus robuste des Legacy Machine, prend ici une dimension presque philosophique. L’amortisseur FlexRing, invisible mais essentiel, protège le mouvement des chocs. Les finitions sombres du calibre ne cherchent pas la séduction, mais la cohérence avec l’usage. Rien n’est là pour être regardé seul. Tout est pensé pour fonctionner ensemble.
Cette montre compte parce qu’elle pose une question rarement formulée aussi clairement : que fait-on vraiment quand on mesure le temps ? On l’arrête, on le relance, on le compare, on l’accumule. La LM Sequential Flyback EVO n’apporte pas une réponse unique. Elle offre un système. Et dans une industrie souvent tentée par la répétition maîtrisée, ce choix de complexité intelligible reste une exception.











