Avec « Les Nouveaux Romantiques », la maison française réaffirme une position devenue rare : concevoir et fabriquer sous le même toit. Une collection Automne-Hiver 2026 qui oppose au règne de l’image la matérialité du geste.
Le titre sonne comme un programme. « Les Nouveaux Romantiques » ne désigne pas seulement une esthétique — celle des maquillages de David Bowie et Mick Jagger, des années 1980 flamboyantes — mais une posture face à l’industrie. La mélancolie que Valette Studio identifie n’est pas celle du temps qui passe ; c’est celle d’une mode où l’image a progressivement supplanté la création vestimentaire elle-même.
Ce diagnostic n’est pas nouveau. Depuis une décennie, critiques et observateurs pointent la déconnexion croissante entre les maisons qui conçoivent et les ateliers qui fabriquent, entre les directions artistiques qui imaginent et les façonniers qui exécutent — souvent à des milliers de kilomètres, parfois sur des continents différents. Ce qui distingue Valette Studio, c’est d’avoir fait de cette fracture le cœur de son modèle d’affaires, en refusant de la reproduire.
Studio et Atelier : l’unité revendiquée
Le manifeste qui accompagne la collection ne laisse aucune ambiguïté : « Valette Studio et Valette Atelier ne font qu’un. Concevoir n’a de sens que si l’on assume pleinement le processus de fabrication. Séparer l’idée du geste, le designer de l’atelier, revient à produire des formes sans responsabilité et des vêtements sans âme. » La formulation est frontale. Elle pointe implicitement un fonctionnement devenu norme dans l’industrie du luxe : la sous-traitance en cascade, la délocalisation du savoir-faire, la dissociation entre la signature et la main.
Valette Studio opère selon un modèle hybride. L’atelier intégré fabrique les collections de la maison, mais travaille également pour d’autres griffes qui cherchent à produire localement. Cette double activité — marque propre et façonnier pour tiers — n’est pas une contradiction ; c’est une condition de viabilité. « Donner vie à des idées qui ne sont pas les nôtres est un acte essentiel », affirme le manifeste. Le savoir-faire se nourrit de commandes diverses ; la diversité des commandes finance le savoir-faire.
La palette comme territoire sensible
La collection décline une gamme chromatique qui oscille entre retenue et incandescence. Le noir se dédouble — brillant d’un côté, poudré de l’autre. Le blanc adopte la même texture mate. Puis surgissent le bleu électrique, le rouge ardent, le vert evening, le vin, le terracotta, l’indigo, le gris lumineux. Cette progression du neutre vers le saturé traduit le mouvement même des Nouveaux Romantiques historiques : partir du quotidien pour atteindre le spectaculaire.
Les matières confirment cette tension entre rigueur et émotion. Le lainage tailleur et le drap de laine ancrent la collection dans le vestiaire classique. La gaze de laine et le voile de coton introduisent la transparence et la fragilité. La fourrure synthétique et le cuir recyclé répondent aux exigences contemporaines sans sacrifier la texture. Le denim en chevron apporte une note de robustesse artisanale. Le coton technique assure la fonctionnalité.
L’ennoblissement comme signature
C’est dans les techniques d’ennoblissement que Valette Studio déploie sa singularité. Les impressions 3D créent des reliefs inattendus sur les surfaces textiles. Les broderies se superposent aux impressions, ajoutant une couche de travail manuel à la production numérique. Mais ce sont les teintures à la gouache et à l’aquarelle qui portent la référence la plus directe aux icônes invoquées — Bowie, Jagger, l’exubérance maquillée des eighties.
Ces techniques de teinture picturale transforment le vêtement en surface peinte, en objet unique. Chaque pièce porte la trace d’un geste qui ne peut être parfaitement reproduit. C’est précisément ce que recherche Valette Studio : réintroduire l’irréductible dans un système qui tend vers la standardisation.
La question qui reste
« Concevoir, c’est s’engager. Fabriquer, c’est être en contact avec le réel, pour une expérience presque sensuelle. » Cette dernière phrase du manifeste résume l’ambition — et la difficulté — du modèle Valette. Dans une industrie où les marges se construisent souvent sur l’écart entre le lieu de conception et le lieu de production, maintenir l’unité exige un positionnement prix cohérent et une clientèle prête à valoriser ce que le manifeste appelle « le lien entre le corps et celle ou celui qui a fabriqué le vêtement ».
Les Nouveaux Romantiques de 2026 ne sont pas ceux de 1980. Leur flamboyance n’est plus celle du maquillage outrancier mais celle du geste assumé, de la fabrication visible, de la responsabilité revendiquée. Une mode qui ne délègue plus — ou qui, du moins, s’efforce de ne plus déléguer l’essentiel.





























