Home ModeGolden Globes 2026 : Le Noir comme Territoire de Pouvoir

Golden Globes 2026 : Le Noir comme Territoire de Pouvoir

by pascal iakovou
0 comments

Le 11 janvier 2026 au Beverly Hilton, le tapis rouge des Golden Globes a révélé une convergence chromatique inédite. Le noir s’est imposé non comme absence, mais comme affirmation — territoire où se négocie désormais le rapport entre visibilité et maîtrise.

Selena Gomez, nommée pour Only Murders in the Building, illustrait cette inflexion. Sa robe colonne Maison Chanel, entièrement noire, s’ouvrait sur un décolleté bustier en plumes blanches vaporeuses. Le carré coiffé en douces ondulations, l’économie de geste : tout concourait à une sophistication qui refuse l’accumulation. Aux côtés de son mari Benny Blanco, elle démontrait comment le minimalisme chromatique produit un effet de présence accrue.

Cette orientation vers le noir traversait l’ensemble du tapis rouge. Colman Domingo, en Valentino intégralement noir du col aux chaussures, portait des appliqués argentés parsemés depuis l’épaule gauche, le long du revers, jusqu’à la taille — accompagné de bijoux Boucheron. Jeremy Allen White optait pour Maison Louis Vuitton, tandis que Leonardo DiCaprio revenait à Maison Dior. Chaque choix traduisait une compréhension : dans un contexte d’inflation visuelle, le noir devient paradoxalement le geste le plus audacieux.

La Géographie des Maisons

Maison Louis Vuitton déployait une stratégie de présence massive. Emma Stone, nommée pour Bugonia, arborait un ensemble deux-pièces : top sans manches et jupe brodée. Ana de Armas et Renate Reinsve portaient également la Maison française, toutes deux accessoirisées par Louis Vuitton Haute Joaillerie. Chase Infiniti complétait cette constellation, associant une création Louis Vuitton à des bijoux De Beers. Cette multiplication traduit une approche territoriale : saturer le tapis rouge plutôt que concentrer l’énergie sur une seule ambassadrice.

Maison Gucci positionnait Elle Fanning tout en maintenant Paul Mescal, ambassadeur depuis 2023, dans l’un de ses smokings. Bottega Veneta habillait Jacob Elordi, tandis que Brunello Cucinelli équipait Glen Powell — trois expressions de la masculinité contemporaine, du rock californien à la discrétion italienne.

Vivienne Westwood illustrait une tout autre stratégie : pluralité des profils. Dakota Fanning portait une robe champagne, tandis qu’Ariana Grande délaissait le rose Glinda pour une pièce sombre évasée à la taille. Cette capacité à habiller des silhouettes dissemblables témoigne d’un savoir-faire adaptatif plutôt que d’une signature univoque.

Quand la Transparence Devient Construction

La naked dress confirmait sa pérennité comme territoire d’expérimentation technique. Jennifer Lawrence, nommée pour Die My Love, portait une création Givenchy de Sarah Burton : résille nude parcourue de broderies florales aux teintes délicates, juxtaposée à une étole en satin rose poudré. L’audace résidait dans l’équilibre architectural entre révélation et construction — la transparence comme support d’un travail sur la matière.

Teyana Taylor, lauréate pour One Battle After Another, arborait une pièce Schiaparelli haute couture qui défiait les lois de la pesanteur. Robe noire à col halter, dos entièrement nu, découpes latérales — et surtout un nœud monumental serti de strass au niveau des reins. La création fonctionnait comme sculpture textile plutôt que simple vêtement.

Jenna Ortega surprenait avec une création noire Dilara Findikoglu issue de la collection printemps-été 2026. D’inspiration quasi militaire, la pièce révélait la peau par de larges ouvertures latérales, jouant sur le contraste entre rigueur structurelle et sensualité contrôlée.

Jennifer Lopez, absente du palmarès mais présente sur le tapis rouge, rappelait son propre héritage stylistique. Sa robe moulante parcourue de motifs bronze serpentant sur le corps se terminait en queue de sirène. Référence évidente à cette robe Versace verte des Grammys 2000 qui demeure étalon de la provocation maîtrisée.

Les Autres Territoires

Certaines créations échappaient à la logique noir/transparence. Miley Cyrus portait une robe à sequins spectaculaire Saint Laurent. Kirsten Dunst optait pour Tom Ford. Julia Roberts, proche amie du défunt Giorgio Armani, arborait une création sur-mesure Armani Privé. Hailee Steinfeld, enceinte, portait Maison Prada accompagnée de bijoux Repossi.

Côté masculin, Timothée Chalamet choisissait Chrome Hearts — fidèle à son positionnement rock californien. Damson Idris portait Maison Prada. Oscar Isaac accessoirisait sa tenue de bijoux Bulgari. Chaque choix traduisait un positionnement distinct dans la géographie du luxe contemporain.

Tessa Thompson arborait Maison Balenciaga. Pamela Anderson confirmait son retour dans le circuit des cérémonies. Jean Smart optait pour une robe blanche fluide avec détails argentés brodés à la taille.

L’Accessoire Comme Vecteur Politique

Au-delà du textile, l’édition 2026 intégrait une dimension politique inhabituelle. Mark Ruffalo, Ariana Grande, Natasha Lyonne, Tessa Thompson, Jean Smart, Bella Ramsey et Wanda Sykes portaient des pins affichant « BE GOOD » et « ICE OUT ». Référence directe à Renee Macklin Good, tuée par un agent fédéral de l’immigration à Minneapolis. Campagne soutenue par l’ACLU, l’une des principales organisations de défense des droits civiques américaines.

Ce geste rappelait que le tapis rouge hollywoodien ne fonctionne jamais uniquement comme vitrine esthétique. Il constitue un espace de négociation où se croisent influence culturelle, positionnement civique et stratégies de communication. L’accessoire y devient instrument de dissidence discrète.

Pourquoi Cette Inflexion ?

Cette convergence vers le noir interroge le moment présent d’Hollywood. À deux mois des Oscars, les Golden Globes fixent le ton esthétique de la saison. Le choix massif du noir pourrait traduire une lassitude face à l’inflation visuelle des dernières années, où chaque apparition devait surpasser la précédente en audace chromatique.

Il s’agit peut-être d’un recalibrage stratégique. Après plusieurs années de maximalisme, le luxe hollywoodien revient à une forme de discipline formelle. Non par austérité, mais par compréhension que l’impact ne nécessite pas systématiquement la saturation. Le noir devient le choix qui refuse la compétition effrénée pour l’attention.

Cette évolution suggère une mutation dans la manière dont les célébrités négocient leur visibilité. L’élégance ne se mesure plus à la quantité de peau exposée ou à l’excentricité du choix vestimentaire, mais à la cohérence entre la pièce portée, le moment et l’intention. Le tapis rouge devient terrain de démonstration d’une maîtrise plutôt que territoire d’exhibition.

Related Articles