Il est une élégance particulière à Milan qui consiste à ne jamais crier, à préférer le murmure de la matière au vacarme du logo. Agnona, sous la double direction créative et exécutive de Stefano Aimone, incarne cette retenue avec une constance qui force le respect. Pour le Printemps-Été 2026, la maison ne déroge pas à sa grammaire silencieuse mais opère un glissement sémantique subtil : le vêtement n’est plus seulement une protection urbaine, il devient le terreau d’une éclosion intime. Intitulée « Blooming », la collection postule que la véritable renaissance est un état d’être avant d’être une apparence.
Le vestiaire féminin s’ouvre sur ce que la maison nomme « City Bloom », une réinterprétation du tailoring où la rigueur architecturale se laisse coloniser par l’organique. Les icônes de la marque, notamment le travail du « double fabric » et les jeux de contraste noir et blanc, sont ici adoucis, presque vulnérables. La pièce maîtresse, un long manteau blanc en mélange de cachemire et laine ultra-fine, illustre parfaitement cette tension : des fleurs tridimensionnelles bourgeonnent sur les manches, évoquant les pivoines Shan Hu Tai aux teintes corail. Ce n’est pas de la décoration posée en surface, mais une mutation de la structure même du vêtement, une poésie technique qui transforme l’uniforme citadin en jardin secret.
La narration se déplace ensuite vers la « Promenade », quittant la verticalité de la ville pour l’horizontalité de la campagne au lever du jour. Ici, l’esthétique flirte avec un « New Liberty », où les graphismes géométriques rencontrent des motifs végétaux dans une palette de verts, de jaunes et de bruns. La prouesse artisanale se loge dans les mailles qui imitent la broderie, trompant l’œil pour mieux surprendre la main. Cette recherche de tactilité culmine dans la séquence « Rusty Sunset », évocation maritime où les rayures nautiques sont traitées en dévoré et où le lin, souligné de passepoils, emprunte au vocabulaire du pyjama pour une élégance du relâchement.
L’homme Agnona, traité en miroir, refuse lui aussi l’armure du pouvoir traditionnel. Son allure « smart-casual » intègre l’imprimé floral sans perdre en virilité, jouant sur des mailles dévorées aux micro-motifs inspirés de la cravate. Le daim, travaillé avec une souplesse de beurre, et les tons chocolat ou sable, ancrent cette silhouette dans une naturalité sophistiquée. Stefano Aimone livre ici une collection qui, loin de la frénésie des tendances, propose une définition du luxe comme un temps pour soi, une capacité à fleurir de l’intérieur au milieu du béton.












































































