Home ModeFashion WeekWild Rose & Sparrow Printemps–Été 2026 : Ex Libris, le vêtement comme texte intime

Wild Rose & Sparrow Printemps–Été 2026 : Ex Libris, le vêtement comme texte intime

by pascal iakovou
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Un livre se reconnaît souvent à ses marges. À ce qui s’y glisse entre les lignes. Pour le printemps–été 2026, Wild Rose & Sparrow compose Ex Libris comme un ouvrage à plusieurs voix, un triptyque pensé non pour illustrer la littérature, mais pour en prolonger le souffle. Le vêtement devient page, la silhouette phrase, et le corps, lecteur actif.

Imaginée par Ariana Dancu et Liana Dancu, la collection s’organise en trois chapitres distincts, chacun nourri d’un imaginaire littéraire précis. Rien de didactique pourtant. Les références ne sont jamais appuyées. Elles opèrent par résonance, comme des souvenirs de lecture qui remonteraient à la surface.

Le premier chapitre, Coven, plonge dans une pénombre gothique assumée. Dentelles noires inédites, tulles transparents, soies diaphanes dessinent des silhouettes sirènes qui frôlent le corps sans l’entraver. Les volumes se déplacent vers l’arrière, avec des mini-jupes enrichies de tournures victoriennes, tandis que la mousseline évoque la vision trouble d’une figure aperçue sous l’eau. Une robe longue en dentelle, surmontée d’une capelette de tulle, fait subtilement écho aux Sirènes de Gustav Klimt. Plus qu’un hommage, une atmosphère : celle d’un cercle féminin soudé, entre douceur spectrale et force intérieure .

Avec Chevalière, la collection change de température. Le noir cède la place à des rouges profonds — vermillon, kermès — inspirés des enluminures médiévales. Les vestes structurées en coton rigidifié, les broderies denses rappelant les tapisseries anciennes et les perles évoquant la cotte de mailles installent une tension entre protection et ornement. Des châtelaines, clés et bourses de mailles deviennent bijoux. Les rubans fleur-de-lys, clin d’œil à Montréal, ancrent cet imaginaire dans une géographie intime. Le dernier look, inspiré de The Lady of Shalott de J.W. Waterhouse, se déploie en mousseline aérienne, rehaussée de fils d’or sculptés à la main : une apparition plus qu’une tenue.

Le dernier chapitre, Sonnets, apaise le rythme. Les références édouardiennes se traduisent en cotons légers, dentelles fines, guipures et broderies anglaises. Le blanc et le crème dominent. Les cols quittent leur place habituelle pour se poser sur les hanches ou ceinturer la taille. Bloomers, camisettes et pièces délicates évoquent l’intimité du poème, sa fragilité assumée. La collection s’achève sur une robe longue en coton blanc, dos nu, corsage quadrillé, qui résume l’esprit de la maison : romantique, précis, profondément artisanal.

Ex Libris ne cherche pas à moderniser la littérature. Il rappelle simplement que le vêtement peut encore être un lieu de récit, de mémoire et de projection. Chez Wild Rose & Sparrow, la mode se lit lentement. Et c’est peut-être là sa plus grande force.

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