Home ModeFashion WeekNadav Perlman -In The Absence of Prophecy : la mode comme rituel de catharsis au Carmen

Nadav Perlman -In The Absence of Prophecy : la mode comme rituel de catharsis au Carmen

by pascal iakovou
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Il est rare que la mode contemporaine ose s’aventurer sur le terrain du sacré sans tomber dans le costume ou la caricature. Avec la collection Printemps-Été 2026, intitulée « In The Absence of Prophecy », présentée au Carmen lors de la Fashion Week de Paris, le vêtement quitte sa fonction ornementale pour renouer avec une dimension liturgique oubliée. Pour cette seconde collection, accompagnée d’une performance live, le créateur ne propose pas une simple garde-robe, mais une expérience religieuse contemporaine, un syncrétisme audacieux où la violence de l’art occidental rencontre l’ascétisme radical de l’Orient.

Le propos s’articule autour d’une tension philosophique fascinante. D’un côté, l’ombre de Hermann Nitsch et de l’Actionnisme viennois plane sur la démarche. Comme l’artiste autrichien qui cherchait à expurger les traumatismes de l’après-guerre par des rituels de sang et de sacrifice, la collection tente de confronter les images troublantes de notre réalité actuelle. Mais là où Nitsch utilisait le choc viscéral, le vêtement ici agit comme un filtre de sublimation. Il ne s’agit pas de reproduire l’horreur, mais de créer un espace de confrontation sain, une forme de transcendance par le tissu face au chaos du monde.

En contrepoint de cette lourdeur occidentale, la collection puise dans la rigueur du Jaïnisme, cette tradition indienne de la non-violence absolue (ahimsa). L’esthétique des moines, vêtus de robes blanches immaculées (Śvetāmbara) ou pratiquant la nudité rituelle (Digambara), informe les silhouettes. Les drapés en jersey, fluides mais travaillés pour évoquer la rigidité de la statuaire sculptée, incarnent cette dualité entre la souplesse du vivant et l’éternité de la pierre. Les accessoires, tels que les charmes en plumes de paon — écho au balai (rajoharana) utilisé par les moines pour écarter les insectes sans les blesser — ancrent le vêtement dans une éthique de la précaution et du soin.

La matérialité de la collection traduit physiquement ces concepts spirituels. La technique du « plucking » (épilation), référence au rite d’initiation kesh-lochan où les cheveux sont arrachés à la main, se métamorphose ici en plumes semblant être extraites de la surface même du tissu. Cette texture, à la fois brute et délicate, côtoie des pièces en noir diaphane qui jouent sur une tension sexuelle subtile, rappelant que la pureté n’est pas l’absence de corps, mais sa maîtrise. En intégrant des tapisseries antiques réhabilitées, le créateur tisse littéralement l’histoire dans le présent, offrant des vêtements qui sont autant de reliques modernes, oscillant entre le raffinement de la couture et le chaos de la matière effilochée.

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