Home ModeFashion WeekJudassime SS26 « Lost Highway » : anatomie d’une renaissance radicale

Judassime SS26 « Lost Highway » : anatomie d’une renaissance radicale

by pascal iakovou
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Il y a chez Judassime une manière rare de faire de la mode un langage de survie. Pour le Printemps-Été 2026, la marque fondée par Benjamin Voortmans déploie Lost Highway, une collection-frontière où le vêtement devient armure, cicatrice et manifeste. Présentée à Paris le 7 octobre 2025, dans le 18ᵉ arrondissement, cette proposition s’inscrit dans une veine profondément narrative, viscérale, presque cinématographique.

La collection s’ouvre sur un récit de dépossession et de reconstruction. Une figure féminine, privée de ses droits, de son corps, de son identité, se réveille dans ce que Judassime nomme « un horrible rêve appelé réalité ». Le corps porte les stigmates de la violence, mais aussi les germes d’une renaissance. Les cicatrices ne sont plus dissimulées : elles se lacent, se structurent, deviennent protections. Le vêtement agit ici comme une seconde peau, forgée dans la douleur, mais résolument tournée vers la reconquête.

Cette narration se traduit physiquement par une collection construite en trois actes, explicitement détaillés dans les show notes. Act I – The Constraint & The Scar impose une esthétique de la tension : silhouettes entravées, palettes sombres, impressions de confinement et de discipline. La fragilité n’est jamais passive, elle est contenue, prête à rompre. Act II – The Feral Fury & The Reckoning marque l’explosion. Judassime détourne les codes de l’oppresseur — tailoring autoritaire, références corporate, symboles de pouvoir — pour mieux les retourner contre eux. Rage, ironie et sexualité brute cohabitent dans une mode qui refuse toute forme d’apaisement factice.

Le troisième mouvement, The Ascent & The Unrepentant Self, scelle la transformation. La libération n’est pas une négation du traumatisme mais son intégration. Les silhouettes deviennent plus affirmées, presque mythologiques. Les intitulés des looks — Warrior, Thorned, Ride — évoquent une figure réconciliée avec sa dualité, dangereuse et divine, lucide et indomptable. La mode de Judassime n’habille pas : elle proclame.

L’inspiration revendiquée du film Lost Highway n’est pas un simple clin d’œil culturel. Comme chez Lynch, la mémoire se fragmente, l’identité se fissure, la réalité devient instable. Judassime transpose cette dislocation psychique dans le vêtement, faisant de chaque silhouette un arrêt sur image entre ruine et résurrection. Ici, la beauté naît de la blessure, et la mode devient un espace de vérité plutôt que de séduction.

Dans un paysage saturé de tendances éphémères, Judassime SS26 impose une vision exigeante, presque inconfortable, mais d’une sincérité rare. Lost Highway n’est pas une destination esthétique : c’est un passage. Une mode pour celles et ceux qui ne cherchent plus la permission, mais la reconquête de soi.

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