Il est des lieux qui imposent le respect par leur seule capacité à attendre. Fermé depuis 2008, le Beauvallon semblait figé dans une parenthèse temporelle, observant depuis la rive opposée du golfe l’agitation perpétuelle de Saint-Tropez. Le 24 avril 2026, cette belle endormie de l’architecture Belle Époque sortira de sa léthargie sous l’impulsion du groupe COMO Hotels and Resorts. En choisissant cette bâtisse de 1914 pour sa première implantation sur la Côte d’Azur, le groupe singapourien ne se contente pas d’ouvrir un hôtel ; il réintroduit une notion souvent oubliée sur la Riviera : la distance contemplative.
L’histoire du lieu est celle d’une grandeur discrète. Construit à l’aube de la Grande Guerre, le Beauvallon a vu passer les silhouettes de Winston Churchill et d’Audrey Hepburn, cherchant dans ses murs une alternative à la mondanité bruyante. La restauration, orchestrée pour préserver l’âme du « Palace », confie les intérieurs au designer Raphaël Navot. Connu pour sa maîtrise des textures organiques et son approche tactile de l’espace, Navot a pour mission de faire dialoguer la rigueur des volumes historiques avec une douceur contemporaine, évitant l’écueil du pastiche nostalgique pour ancrer les 71 chambres et suites dans une modernité apaisée.
Ce qui distingue cette renaissance, c’est la géographie. Posé sur quatre hectares de jardins paysagers, l’établissement fait face à la mer, offrant le spectacle de Saint-Tropez sans en subir la clameur. L’expérience client est pensée comme une chorégraphie fluide : on rejoint le village de pêcheurs par bateau depuis le ponton privé, transformant le trajet en une courte croisière plutôt qu’en une contrainte logistique. Le club de plage, baptisé Beauvallon Sur Mer, et la piscine chauffée de 25 mètres, promettent de restaurer l’art de la villégiature immobile, où le temps s’étire loin des embouteillages côtiers.
Fidèle à la signature de sa fondatrice Christina Ong, le lieu intègre la dimension holistique COMO Shambhala. Plus qu’un simple spa, c’est une philosophie du bien-être qui s’installe, mêlant thérapies asiatiques et ingrédients méditerranéens. La gastronomie suit cette logique de l’essentiel avec COMO Cuisine, privilégiant les produits locaux sourcés avec une exigence de traçabilité. En redonnant vie à ce joyau, COMO ne cherche pas à rivaliser avec les palaces de la Croisette ou les mas provençaux ; le groupe propose une troisième voie, celle d’un luxe insulaire sur le continent, où le véritable privilège est l’espace et le silence.












