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Gosha Rubchinskiy, le retour par l’essentiel

by pascal iakovou
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Un hoodie, un pantalon droit, une maille un peu sèche. Rien qui cherche l’effet. C’est presque le point de départ le plus logique pour Gosha Rubchinskiy : revenir par le vocabulaire de base, là où l’on reconnaît une silhouette avant de reconnaître un logo. La relance de son label éponyme s’écrit ainsi, comme une remise à plat. On repart des pièces qui tiennent une garde-robe, pas d’un manifeste imprimé en capitales.

Ce choix des « essentiels » n’est pas neutre. Rubchinskiy a longtemps travaillé dans une zone où le streetwear devenait, pour une génération, un langage commun — autant un uniforme qu’un signal culturel. Ses collections, au milieu des années 2010, parlaient de jeunesse, de terrains vagues, de tribunes, de photos prises à hauteur d’épaule. Un réalisme stylisé, qui a aussi nourri une série de collaborations et de capsules très commentées.

Aujourd’hui, l’annonce insiste sur une reconstruction « depuis les fondations », et sur un projet réintroduit comme collectif indépendant. L’idée compte : elle déplace la marque hors du récit du créateur-star, vers une structure plus ouverte, plus durable — du moins sur le papier. La suite, elle, est déjà esquissée : des pièces d’extérieur, du prêt-à-porter féminin, puis des directions plus expérimentales, avec une ambition lointaine qui va jusqu’à la couture. Cette gradation ressemble à un plan de travail plus qu’à une promesse de podium.

Le plus parlant est peut-être ailleurs : la marque s’éloigne du calendrier des défilés pour se présenter via des événements culturels, dans des villes clefs — Japon, États-Unis, Chine. Mode, musique, photographie, cinéma : un dispositif qui replace Rubchinskiy dans sa pratique la plus juste, celle du regard. Et qui fait écho à ce qu’il annonçait déjà lorsqu’il avait décidé, en 2018, de sortir du cycle saisonnier classique.

Dans ce schéma, le vêtement redevient un support, pas une fin. Les « essentiels » posent un cadre lisible ; les événements deviennent la scène ; la photographie, l’archive et la preuve. Un livre rétrospectif, annoncé comme un retour sur vingt ans de travail autour de la culture jeune, vient verrouiller cette cohérence : chez Rubchinskiy, l’image a souvent précédé l’objet.

Reste une question, plus intéressante que l’effet de nouveauté : comment vieillit une esthétique née d’un moment précis, quand elle se détache enfin de l’urgence de ce moment ? La réponse se jouera dans les détails — la coupe d’un pantalon, la main d’une maille, la manière d’occuper une ville sans la surjouer. Pour l’instant, le retour se fait en sourdine. Et c’est peut-être la seule manière crédible de revenir.

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