Home VoyagesRosewood au Jardin Alpin : quand le luxe américain épouse la minéralité savoyarde

Rosewood au Jardin Alpin : quand le luxe américain épouse la minéralité savoyarde

by pascal iakovou
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L’enseigne texane pose ses valises à Courchevel 1850. Derrière le quartzite et le cuivre, une stratégie d’implantation alpine qui interroge les codes de l’hospitalité de montagne.

Il y a dans l’arrivée d’un palace en station quelque chose qui tient de la déclaration diplomatique. Rosewood Hotels & Resorts, groupe texan qui compte désormais 42 adresses à travers le monde, a choisi le 19 décembre 2025 pour ouvrir les portes de son établissement français au Jardin Alpin, l’un des emplacements les plus convoités de Courchevel 1850. La date n’est pas anodine : elle coïncide avec le début de la saison hivernale et positionne d’emblée la propriété dans la course aux premières neiges du segment ultra-premium.

La pierre comme manifeste

Le parti architectural retenu par Rosewood mérite attention. La façade, habillée de quartzite de Vals extrait en Suisse, conjugue les codes du chalet contemporain avec une rigueur minérale peu commune dans le paysage hôtelier savoyard. Le choix de cette pierre grise aux reflets bleutés, habituellement réservée aux projets de Peter Zumthor dans les Grisons, traduit une volonté de distinction matérielle. Le bois et le cuivre viennent ponctuer l’ensemble sans jamais dominer la composition. On est loin des rondins vernaculaires et des ferronneries ostentatoires qui caractérisent une certaine idée de l’opulence alpine.

Tristan Auer, architecte d’intérieur dont la signature se reconnaît au Bar de l’Hôtel Lutetia comme au Cheval Blanc Paris, a conçu les 51 chambres, suites et appartements signature. Son vocabulaire — appliques murales sculptées dans le sel, terrasses aménagées comme des belvédères — place la nature au centre du dispositif sans jamais verser dans la rusticité convenue. L’Appartement Jardin Alpin, le plus vaste des trois résidences privatives avec ses quatre chambres, porte la signature du Studio KO, duo franco-marocain connu pour ses réalisations à Marrakech et Londres. Karl Fournier et Olivier Marty y ont développé leur interprétation de la cheminée alpine, réinventée en sculpture de pierre contemporaine.

Une cuisine entre deux versants

La proposition gastronomique de Rosewood Courchevel s’articule autour du restaurant SALTO, confié à la cheffe Gioia Baek. Le concept oscille entre influences italiennes et tradition alpine — un positionnement qui reflète la géographie même des Trois Vallées, à mi-chemin entre les fondues savoyardes et les antipasti turinois. Accessible directement depuis les pistes, l’adresse joue la carte de la convivialité diurne avec ses classiques de montagne, fondue en tête, avant de basculer vers une proposition plus formelle le soir venu. Le SALTO Lounge prolonge l’expérience autour du feu, champagnes millésimés et cocktails signature orchestrant la transition vers la nuit.

Le bien-être comme territoire

Le spa Asaya, concept exclusif développé par Rosewood, déploie ici son protocole de bien-être personnalisé. Les partenariats avec Maison EviDenS de Beauté, griffe japonaise de cosmétique pointue, et Sodashi, marque australienne spécialisée dans les soins holistiques, positionnent l’offre sur un registre international plutôt que territorial. Le massage Deep Alpine, pensé pour soulager les tensions musculaires après une journée de ski, et la cérémonie Oxylight 3D Radiance illustrent cette hybridation entre expertise technique et promesse de régénération. Les cours Asaya Movement complètent le dispositif en reconnectant le corps au paysage environnant.

L’expérience comme service

Rosewood a déployé à Courchevel un service de Ski Concierges dédié, capable d’orchestrer des expériences sur mesure à travers les 600 kilomètres de pistes des Trois Vallées. Du café pris à l’aube face au Mont Blanc à la constitution d’une garde-robe technique curatée, l’accompagnement se veut total. Les amateurs de premières traces peuvent accéder aux pistes de Courchevel avant l’ouverture au public, encadrés par un moniteur privé. Le Kids Club, avec ses rencontres avec les malamutes et ses igloos privatifs, traduit une attention particulière portée à la clientèle familiale — segment stratégique pour les palaces alpins confrontés à la saisonnalité.

À partir de 2 300 euros la nuit en formule bed & breakfast, Rosewood Courchevel Le Jardin Alpin s’inscrit dans la fourchette haute du marché local, aux côtés des Airelles et autres Cheval Blanc. L’enseigne texane parie sur une clientèle internationale habituée à ses standards — de Hong Kong à São Paulo en passant par Londres — et désireuse de retrouver en altitude les codes d’un luxe expérientiel qu’elle pratique déjà ailleurs. Reste à voir si cette greffe américaine prendra racine dans le terreau savoyard, où la notion de palace se conjugue encore volontiers au passé composé des grandes heures de Courchevel.

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