Entre les rugissements des Ferrari à Maranello et le silence contemplatif des mosaïques byzantines de Ravenne, l’Émilie-Romagne orchestre pour 2026 une partition touristique où le luxe ne se mesure plus au nombre d’étoiles d’un palace, mais à l’intensité des émotions vécues. Cette région du nord de l’Italie, que les Romains avaient baptisée d’après leur célèbre Via Emilia reliant Rimini à Plaisance, s’impose désormais comme la destination privilégiée d’un voyageur CSP+ en quête d’authenticité — celui qui préfère pétrir la pâte des tagliatelles aux côtés d’une sfoglina bolonaise plutôt que d’exhiber une réservation à l’Osteria Francescana de Massimo Bottura.
L’année 2026 marque un tournant stratégique pour cette « Food Valley » doublée d’une « Motor Valley », avec l’accueil de Velo-City, le sommet mondial de la mobilité cyclable, à Rimini du 16 au 19 juin. L’European Cyclists’ Federation a choisi cette cité balnéaire en reconnaissance de sa métamorphose spectaculaire : d’un front de mer colonisé par l’automobile, Rimini a fait émerger un Urban Sea Park de 15 kilomètres où piétons et cyclistes règnent désormais en maîtres. Jill Warren, CEO de l’ECF, salue cette transformation : la ville accueillant 3,3 millions de touristes annuels a su doubler son réseau cyclable et créer un véritable Bike Hub, devenant l’une des municipalités les plus « bike-friendly » d’Italie. Quelque 1 600 délégués venus de 60 pays convergeront pour repenser la ville cyclable du futur, entre conférences et la traditionnelle Bike Parade traversant le centre historique jusqu’au littoral adriatique.
Autre rendez-vous incontournable : le Motor Valley Fest à Modène, capitale mondiale des supercars, classée au patrimoine de l’UNESCO. Depuis 2019, ce festival en plein air attire près de 80 000 visiteurs autour des mythes Ferrari, Lamborghini, Maserati, Pagani et Ducati. Les Piazza Grande et Roma se muent en showrooms à ciel ouvert où prototypes futuristes côtoient bolides de légende. Les essais sur circuit, les rencontres avec les ingénieurs et les visites d’usines transforment chaque passionné en initié. Pour les puristes, la possibilité de conduire une Ferrari sur un parcours de 65 kilomètres entre routes de campagne et cols des Apennins constitue un rite initiatique sans équivalent.
Mais réduire l’Émilie-Romagne à ses moteurs serait méconnaître sa véritable essence : celle d’un terroir gastronomique qui a donné au monde le Parmigiano-Reggiano, le Prosciutto di Parma, le vinaigre balsamique traditionnel de Modène — certains millésimes dépassant les 12 ans de maturation atteignent des valorisations dignes d’un grand cru bordelais — et les pâtes fraîches qui ont fait la réputation de Bologne, surnommée « la Grassa ». Le Quadrilatero bolonais, marché historique aux ruelles débordant de charcuteries et fromages artisanaux, offre une immersion sensorielle prolongée par un verre de vin à l’Osteria del Sole, plus ancien bar de la ville depuis 1465, où les clients apportent encore leur propre repas selon une tradition séculaire.
La campagne Footprints 2026 à Ravenne incarne cette nouvelle philosophie du voyage responsable. Durant cinq jours, spectacles, promenades et balades à vélo permettront de découvrir cette ancienne capitale de l’Empire romain d’Occident à travers le prisme de la durabilité. Les mosaïques scintillantes de la Basilique de San Vitale et du Mausolée de Galla Placidia, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, témoignent d’un âge d’or byzantin qui n’a pas d’équivalent en Europe occidentale.
Pour les esprits contemplatifs, les anciens chemins de pèlerinage — Via degli Dei, Cammino di Francesco — serpentent à travers forêts, villages perchés et sanctuaires, offrant une déconnexion totale que le voyageur contemporain, saturé de notifications, recherche désespérément. La montée vers le sanctuaire de San Luca à Bologne, sous le plus long portique du monde avec ses 666 arcades, relève autant du pèlerinage que de l’expérience bien-être.
Dans le Delta du Pô, plus vaste zone humide d’Europe, les excursions en bateau au milieu des flamants roses incarnent un écotourisme de premier plan. À Comacchio, la « petite Venise » aux maisons pastel, la tradition de l’anguille — reconnue par l’UNESCO pour son importance culturelle — perpétue un savoir-faire culinaire ancestral célébré chaque automne lors de festivals gastronomiques.
L’Émilie-Romagne cultive aussi le souvenir de ses génies. Le Museo Fellini à Rimini plonge les visiteurs dans l’univers surréaliste du cinéaste visionnaire, tandis qu’à Ravenne, le Musée Byron retrace le séjour tumultueux du poète anglais. Pour les passionnés de savoirs, la Bibliothèque Malatestiana de Cesena — première bibliothèque publique d’Italie, classée « Mémoire du monde » par l’UNESCO — offre une parenthèse hors du temps particulièrement pertinente à l’ère de l’intelligence artificielle.
Des curiosités architecturales parsèment le territoire : le Labirinto della Masone près de Parme, plus grand labyrinthe de bambou au monde conçu par l’éditeur d’art Franco Maria Ricci sur sept hectares ; Dozza, village médiéval transformé en galerie à ciel ouvert avec plus de 100 fresques contemporaines peintes sur les façades ; ou encore le Théâtre anatomique de Bologne, chef-d’œuvre du XVIIe siècle où design orné et rigueur scientifique s’entremêlent.
L’Émilie-Romagne propose ainsi une réponse sophistiquée au surtourisme qui défigure Florence ou Venise : celle d’un slow travel où trattorias familiales, artisans passionnés et paysages intacts composent une Italie vraie, humaine et généreuse. Des bourgades des Apennins aux villages de pêcheurs du delta, cette région cultive l’art de voyager sans se presser — un luxe, désormais, plus précieux que tous les autres.
Pour plus d’informations : Emilia Romagna Turismo




