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Hokkaido, l’autre Japon : voyage initiatique dans le Grand Nord nippon

by pascal iakovou
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Oubliez les temples vermillon de Kyoto et les néons de Shibuya. Hokkaido raconte une tout autre histoire — celle d’une terre de pionniers où la nature règne en souveraine absolue et où le peuple Aïnou entretient depuis des millénaires un dialogue sacré avec les éléments. Cette île septentrionale, la plus vaste de l’archipel japonais, s’impose aujourd’hui comme la destination émergente pour les voyageurs en quête d’authenticité radicale, loin des circuits balisés qui saturent Honshu.

L’entrée en matière se fait par la côte est, territoire sauvage où l’asphalte cède régulièrement la place à l’immensité. La péninsule de Shiretoko, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, constitue le sanctuaire originel de cette aventure. Largement préservée de toute intervention humaine, elle ne se dévoile qu’accompagné d’un guide — condition sine qua non pour pénétrer ces confins où ours bruns, cerfs d’Ezo et hiboux grand-duc règnent en maîtres. Les safaris nocturnes y révèlent une faune insoupçonnée : sous le faisceau d’une lampe torche, la silhouette des montagnes de Shiretoko se découpe sur un ciel d’encre, offrant ce sentiment rare d’observer un monde intact, vivant, antérieur à l’homme.

Le KIKI Shiretoko Natural Resort incarne cette philosophie d’intégration respectueuse : confort contemporain, décoration inspirée de l’environnement forestier et buffet exclusivement composé de produits locaux. Les sources thermales (onsen) y prolongent l’immersion dans les rituels japonais du bien-être. Le lendemain, les lacs Shiretoko Goko — cinq miroirs d’eau enchâssés dans une forêt primaire — se parcourent via une passerelle surélevée de 800 mètres, permettant l’observation en toute sécurité même en présence d’ursidés. Les traces de griffes sur les arbres et les trous de pics rappellent aux visiteurs leur statut d’invités temporaires.

La descente vers le lac Akan ouvre un chapitre fondamental du voyage : la rencontre avec la culture aïnoue. Plus d’une centaine de membres de ce peuple autochtone vivent encore dans cette région, perpétuant traditions, rituels et artisanat dans leur kotan (village). Pénétrer dans ce quartier, c’est franchir une frontière temporelle. Les objets du quotidien, les techniques de broderie transmises depuis des générations, les instruments de musique comme le mukkuri témoignent d’une civilisation qui a prospéré pendant des siècles en harmonie avec son environnement. Pour les Aïnous, lacs, montagnes et forêts ne constituent pas de simples paysages : ils sont sacrés, habités par les kamuy, ces divinités spirituelles présentes dans chaque élément naturel.

Les volcans de boue, formations géologiques bouillonnant à près de 100°C sous l’effet des eaux thermales souterraines, et le mont Io, volcan actif exhalant ses vapeurs sulfureuses, ne sont pas de simples curiosités touristiques — ils s’inscrivent au cœur des légendes aïnoues transmises depuis des siècles. Le Tsuruga Akan Yuku no Sato, ryokan traditionnel aux bains thermaux exceptionnels, offre l’écrin parfait pour conclure cette immersion spirituelle.

Le parc national de Kushiro Shitsugen, plus vaste zone marécageuse du Japon, se découvre idéalement en canoë. Pagayer le long des rivières sinueuses permet d’approcher la grue à couronne rouge (tancho), oiseau emblématique d’Hokkaido menacé d’extinction et symbole de longévité dans la culture nippone. Ce sanctuaire humide, difficilement accessible à pied, préserve une biodiversité que la plupart des voyageurs ne soupçonnent pas.

Le retour à Sapporo marque une transition bienvenue vers le confort métropolitain. La capitale d’Hokkaido, désignée Ville créative UNESCO pour les arts médiatiques, conjugue effervescence urbaine et proximité immédiate avec la nature. La galerie marchande Tanukikoji, l’une des plus anciennes de l’île avec ses 900 mètres et 200 boutiques, témoigne de la vitalité commerciale locale. Le chikaho, immense espace piétonnier souterrain reliant la gare au quartier animé de Susukino, illustre l’ingéniosité urbanistique d’une ville où l’hiver peut durer six mois.

Pour les gastronomes, le restaurant Nouvelle Pousse Okurayama constitue une expérience remarquable. Niché dans le stade historique de saut à ski où se sont affrontés les athlètes des Jeux olympiques de 1972, cet établissement marie techniques culinaires françaises et finesse japonaise, sublimant les produits de saison d’Hokkaido — fruits de mer d’une fraîcheur absolue, bœuf local de première qualité — dans un cadre surplombant la ville illuminée.

L’ouverture de l’InterContinental Sapporo en octobre 2025 marque un tournant dans le positionnement haut de gamme de la destination. Premier hôtel de luxe international à s’implanter dans la capitale d’Hokkaido, cet établissement de 149 chambres et 13 suites occupe les étages supérieurs du complexe Lilac Square, face au parc Nakajima et à la rivière Toyohira. Le design intérieur puise dans les textures et couleurs des paysages d’Hokkaido, tandis que les trois restaurants — Sawaka (omakase), AuBlanc (bistronomie) et Norva Lounge & Bar — célèbrent l’excellence gastronomique locale. Cette inauguration s’inscrit dans une stratégie d’expansion du groupe IHG au Japon, avec l’arrivée prévue de la marque Regent en 2028.

Hokkaido incarne cette évolution profonde des aspirations du voyage de luxe : non plus l’accumulation d’étoiles et de services standardisés, mais la quête d’une authenticité irréductible, d’un lien retrouvé avec la nature et les cultures premières. Pour le voyageur averti, cette île offre ce que le reste du Japon ne peut plus promettre : l’émerveillement de la découverte.

Informations pratiques : Hokkaido Tourism Organization — https://www.visit-hokkaido.jp

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