Home Food and WineVins et SpiritueuxLa Ficelle 2025 : le vin de bistrot qui sublime la rareté

La Ficelle 2025 : le vin de bistrot qui sublime la rareté

by pascal iakovou
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Dans une France où le rituel du verre de rouge partagé reste un langage commun, La Ficelle demeure l’un de ces emblèmes populaires qui traversent les époques. On l’attend chaque début décembre comme un clin d’œil à la légèreté retrouvée : un vin de bistrot, certes, mais avec une histoire si singulière qu’elle a acquis un statut quasi patrimonial. En 2025, l’édition s’annonce rare, marquée par des épisodes climatiques extrêmes et un travail de précision mené par les vignerons de Saint-Pourçain.

Née au XVe siècle d’un subterfuge ingénieux de tavernier — une simple ficelle permettant de mesurer le niveau du vin dans des pichets opaques — cette cuvée joue depuis plusieurs décennies sur une autre corde sensible : celle du dessin de presse. Chaque année, une nouvelle étiquette confiée à un grand nom renouvelle la dimension culturelle de ce rouge iconique. La version 2025 s’enrichit ainsi du regard malicieusement analytique de Giemsi.

Un millésime forgé par les éléments

L’année viticole 2025 raconte elle-même un drame en plusieurs actes. Après un printemps doux qui promettait une récolte généreuse, une tempête d’une violence exceptionnelle s’abat le 25 juin, détruisant près d’un tiers des parcelles en quelques minutes. Les vignerons resserrent alors les rangs : sélection drastique, soins renforcés, recherche d’équilibre dans des volumes soudainement amputés. Puis l’été s’installe, chaud et sec, permettant d’affiner la maturité des grappes rescapées. Un bref épisode caniculaire fin août concentre encore davantage la matière. Résultat : une cuvée dense, subtile, dotée d’une rareté naturelle.

La signature Giemsi : humour tendre et regard vif

Pour cette 39ᵉ édition, Giemsi — figure du dessin de presse, collaborateur régulier de titres jeunesse et satiriques, docteur en physico-chimie reconverti dans l’illustration — imagine une scène où la bouteille devient partenaire de lit. L’humour, ici, n’est pas gratuit : il évoque la fidélité qu’inspire La Ficelle à des générations d’amateurs et suggère son absence proverbiale de “lendemains difficiles”. Le trait est propre, le message immédiatement lisible, et l’identité pop de la cuvée s’en trouve renforcée.

La Ficelle 2025 : dégustation et accords

Issu de vignes de 25 à 45 ans, l’assemblage réunit 60 % Gamay et 40 % Pinot Noir. Chaque cépage connaît une vinification dédiée — macération de 10 jours pour le Gamay, 12 jours pour le Pinot Noir — avec pigeages et remontages réguliers, avant un élevage court en cuves inox.
Le nez s’ouvre sur une fraîcheur éclatante de fruits rouges et noirs, relevée de touches légèrement torréfiées. La bouche, vive et gourmande, se déploie sur la framboise et la mûre, avec une tension propre à ce millésime particulier.

On le sert sur des tapas, des charcuteries fines, des grillades ou des cuisines exotiques ; mais il excelle aussi dans des alliances plus identitaires : aligot, truffade, chou farci ou fromages auvergnats. Affiché à 7,50 €, il reste l’un des plus sûrs rapports prix-plaisir de l’hexagone, avec cette sophistication discrète qui séduit les urbains avertis.

Blanc Premier 2025 : la lumière en contrepoint

L’édition 2025 s’accompagne également de Blanc Premier, assemblage de 70 % Chardonnay et 30 % Tressallier, cépage emblématique de l’appellation. Vinifié puis élevé deux mois sur lies fines, il offre une bouche ample, des notes d’agrumes et de fruits exotiques, et un éclat aromatique idéal pour accompagner fruits de mer, crustacés, pâté aux pommes de terre ou andouillette grillée. Prix public : 7,80 €.

Une tradition devenue culture graphique

Depuis près de quatre décennies, La Ficelle invite les plus grands dessinateurs à réinventer l’étiquette. La collection, évoluant au fil des années comme une galerie parallèle de l’illustration française contemporaine, séduit autant les cavistes de quartier que les collectionneurs de curiosités graphiques. Elle raconte une France du vin accessible mais cultivée, où la dérision devient un luxe en soi.

En 2025, La Ficelle ne déroge pas à sa vocation : rappeler qu’un vin peut naître dans l’adversité climatique, être vendu à un prix doux, tout en incarnant un vrai geste culturel. Une équation rare, et délicieusement française.

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