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Burç Akyol, « La Collectionneuse » : sortir de l’atelier, réapprendre la ville

by pascal iakovou
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À l’orée de la huitième année de sa Maison, Burç Akyol décrit moins une collection qu’un déplacement intérieur. « La Collectionneuse » marque le passage d’une pratique repliée sur le geste à une réouverture vers Paris — non comme décor, mais comme système de désir.


Tout commence par une anecdote.
Marilyn Monroe, dans Manhattan, anonyme jusqu’à ce qu’elle décide de redevenir Marilyn. Une démarche suffit, et la foule apparaît. Ce moment n’a rien d’anecdotique : il dit que l’identité est un code activable, un geste.

Burç Akyol part de là. Les clichés ne sont pas rejetés — ils sont considérés comme des structures persistantes, presque héréditaires.


Pendant sept ans, le créateur s’est tenu à distance de cette question. Une pratique presque monacale : travail depuis l’espace domestique, rythme long, répétition des formes, précision du vocabulaire. Le vêtement se construit dans une logique d’atelier fermé, où chaque pièce devient une variation sur une obsession.

Cette phase produit une chose rare : une langue cohérente.
Mais elle produit aussi un effet secondaire : l’enfermement.

La huitième année agit comme un révélateur. Non pas une rupture, mais une saturation. Le créateur parle d’une boucle, d’un chiffre huit devenu labyrinthe. L’image est juste : la répétition n’ouvre plus, elle enferme.


C’est ici que Paris réapparaît.

Non pas Paris comme capitale, mais comme milieu sensoriel.
Sorties tardives, alcool, danse, errance jusqu’à l’aube. Rien de spectaculaire, mais un retour du corps dans le processus créatif.

Akyol nomme cela l’« érotisme » de la ville. Le terme mérite d’être pris au sérieux. Il ne s’agit pas de séduction, mais d’un système complexe :

  • classicisme,
  • théâtralité naturelle,
  • mythologie urbaine,
  • discipline et transgression.

Un équilibre instable, profondément parisien.


La Parisienne qui en découle n’est pas un archétype figé.
Elle est un montage.

On la retrouve chez Éric Rohmer en 1967, dans les silhouettes filmées par Agnès Varda, dans un détail précis — des bas plumetis portés sous un jean 501 — ou dans une géographie intime, entre le huitième arrondissement et la Place de Clichy.

Ce qui compte ici n’est pas la référence, mais leur accumulation.
La Parisienne est une archive vivante.


« La Collectionneuse » apparaît alors comme une extension logique.
Ce n’est pas une muse. C’est une méthode.

Elle collectionne :

  • des vêtements,
  • des codes,
  • des amants,
  • des moments.

Mais surtout, elle collectionne des fragments d’elle-même.
Chaque pièce devient un marqueur, un rappel, une trace.


Le vêtement, dans cette perspective, change de fonction.
Il ne structure plus seulement le corps — il met en tension une mémoire.

Akyol décrit des silhouettes qui tiennent à peine :
des vêtements qui glissent, qui imposent une main dans la poche pour tenir, qui peuvent céder à tout moment. Cette instabilité n’est pas un effet de style. C’est une manière de rendre visible quelque chose de plus fragile : le désir lui-même.


La nuit, chez lui, n’est pas un décor.
C’est un moment de dispersion.

L’aube, en revanche, devient le véritable lieu de la collection.
Quand les signes retombent, que le corps rentre, que le vêtement garde encore la mémoire de ce qui s’est passé.

« Paris c’est la nuit, mais ne se collectionne jamais mieux qu’à l’aube. »

La phrase agit comme un programme.


Ce que propose Burç Akyol ici n’est pas une nouvelle esthétique.
C’est une correction.

Sortir du système fermé des codes pour réintroduire de l’accident, du vécu, du désordre contrôlé.
Faire en sorte que le vêtement ne soit plus seulement juste, mais habité.

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