Le temps long est une matière première chez John Smedley. Dans la manufacture de Lea Mills, nichée dans le Derbyshire depuis 1784, les machines n’ont jamais cessé de battre le rythme d’une maille d’exception. Pour le printemps-été 2026, cette institution, détentrice du Royal Warrant, s’associe à la créatrice Grace Wales Bonner pour une capsule qui explore les archives du milieu du XXe siècle.
La précision du damier
Le dialogue entre Wales Bonner et John Smedley se manifeste par une recherche formelle sur les textures. En s’immergeant dans le patrimoine de la manufacture, la créatrice a exhumé des tricots texturés en damier et des cols ajourés, détails subtils qu’elle réinterprète avec une sensibilité contemporaine. La collection explore une élégance preppy à travers des polos en coton fin et laine mérinos, teintés de brun foncé, d’ivoire et de bleu saphir. Intégralement confectionnée en Angleterre, chaque pièce témoigne d’une exigence de fabrication où la technicité s’efface devant la pureté de la ligne.
Le détail technique : L’ingénierie du tricot
- Matières : Utilisation exclusive de fibres naturelles, coton de haute tenue et laine mérinos.
- Savoir-faire : Montage des pièces réalisé au sein de Lea Mills, garantissant un « Made in England » authentique.
- Finitions : Réédition de détails de cols ajourés issus des archives historiques de la manufacture.
Un enjeu de souveraineté créative
Au-delà de l’esthétique, cette collaboration marque une étape stratégique pour John Smedley, qui a investi plus de trois millions de livres sterling en 2024 pour relancer ses lignes de production pour des partenaires tiers. « Notre ambition était de collaborer avec des maisons capables de comprendre et de sublimer notre héritage », explique Jess McGuire-Dudley, Managing Director. En rouvrant ses ateliers — qui produisaient autrefois pour Burberry ou Vivienne Westwood —, la manufacture s’inscrit dans une démarche de relocalisation raisonnée, soutenue par le British Fashion Council.
« L’intégrité créative de Grace, alliée à notre tradition d’authenticité, a rendu cette collaboration évidente », conclut Jess McGuire-Dudley. En mêlant l’esprit afro-atlantique de Wales Bonner à la rigueur des métiers à tisser du Derbyshire, l’objet devient ici un prétexte à la rencontre de deux géographies culturelles.
Le vêtement n’est plus un produit saisonnier ; il est le témoin d’une industrie qui refuse l’oubli.





