La Maison Parfums de Marly ajoute à sa collection Les Signatures une eau de parfum construite sur une tension technique précise : la confrontation du néroli nord-africain avec la fève tonka sud-américaine, travaillée selon deux procédés distincts. Derrière le nom de la favorite de Louis XIV se pose une question de métier — comment extraire d’une même matière deux lectures opposées.
Le château qui n’était pas Versailles
Julien Sprecher a fondé Parfums de Marly en 2009 en s’appropriant non pas Versailles — trop évident, trop monumental — mais le Château de Marly, cette résidence secondaire que Louis XIV avait conçue comme un refuge intime. Là où Versailles recevait les ambassadeurs, Marly accueillait un cercle privé. La distinction est fondatrice : elle inscrit la Maison dans une logique de retrait plutôt que d’ostentation, de plaisir privé plutôt que de protocole.
Athénaïs, huitième entrée féminine de la collection Les Signatures, prolonge cette logique. Le nom renvoie à Françoise-Athénaïs de Montespan, favorite de Louis XIV pendant près de dix ans, mécène et figure centrale des séjours royaux à Marly. Le dossier historique est connu ; c’est la lecture olfactive qui mérite qu’on s’y arrête.
Deux extractions, une fève
La structure du parfum repose sur une pyramide en trois temps — néroli, bergamote et yuzu en tête ; fleur d’oranger, jasmin sambac et mahonial en cœur ; fève tonka, accord vanille et accord ambré en fond. L’architecture est lisible. Ce qui l’est moins, c’est le traitement de la fève tonka, originaire d’Amérique du Sud, que Sprecher a choisi de décliner en deux formes dans la même composition.
Le résinoïde, obtenu par macération, conserve la densité brute de la fève : des nuances boisées, miellées, profondes. L’absolue, en revanche, est passée par une distillation moléculaire qui en allège les éléments les plus lourds pour révéler une facette amandée, aérienne, subtilement vanillée. Le premier ancre le sillage ; la seconde le fait respirer.
Détail — Le néroli Orpur™
Le néroli utilisé dans Athénaïs provient de fleurs fraîches de bigaradier cueillies à la main, à l’aube, en Tunisie et au Maroc. La sélection porte le label Orpur™, qui garantit une traçabilité complète, et la certification UEBT — un standard qui couvre le respect des personnes et de la biodiversité, de la culture à la commercialisation. Les fleurs sont transformées par hydrodistillation en une essence florale-citronnée, moins opulente que l’absolue de fleur d’oranger. Au XVIIIe siècle, le néroli servait déjà à parfumer gants et bains — un usage qui ancre cette note de tête dans la même période historique que le Château de Marly.
« Je voulais que ces deux notes en contraste se rencontrent, tissant le lien entre l’Histoire et une certaine facette de la féminité d’aujourd’hui », précise Julien Sprecher.
Une campagne à deux voix
La direction artistique de la campagne a été confiée à Sofia Sanchez et Mauro Mongiello, duo de photographes argentins installés à Paris, déjà auteurs de l’univers visuel de Palatine, autre fragrance de la Maison. Le parti pris — dégradé rose-orange, esthétique que Parfums de Marly qualifie de « pop » — marque une inflexion chromatique assumée par rapport aux codes habituels de la parfumerie de niche, souvent enfermée dans le noir et le doré.
Athénaïs sera disponible en format 75 ml à partir du 16 mars 2026 en exclusivité dans les trois boutiques parisiennes de la Maison — rue François-Ier, rue Saint-Honoré et rue Vieille-du-Temple — et sur parfums-de-marly.com, avant un lancement mondial le 23 mars.
Ce qui retiendra l’attention des amateurs de parfumerie de niche n’est pas tant le récit historique — attendu chez Parfums de Marly — que la décision de soumettre une même matière première à deux procédés d’extraction concurrents au sein d’une seule composition. C’est un geste de formulateur, pas de communicant. Et c’est précisément là que réside la signature.





