Morteau n’est pas Genève. Le lycée Edgar Faure forme des techniciens, pas des héritiers. C’est là qu’Alexandre Hazemann et Victor Monnin se rencontrent il y a dix ans, sur les mêmes établis, avec les mêmes outils. Leur maison, fondée en 2024 et installée en Suisse, porte la trace de cette formation : pas de narratif dynastique, pas d’héritage familial à défendre. Seulement ce qu’ils ont appris à faire, et ce qu’ils ont décidé d’en faire.
Ce qu’ils ont décidé, c’est une heure sautante instantanée avec sonnerie au passage.
Le choix n’est pas anodin. La sonnerie mécanique est l’une des complications les plus contraignantes de la haute horlogerie — non pas parce qu’elle est rare, mais parce qu’elle exige une résolution simultanée de problèmes antagonistes. Le mécanisme doit stocker suffisamment d’énergie pour actionner le timbre au moment précis du saut, sans pour autant perturber la régulation du mouvement. L’instant de déclenchement, s’il est mal calibré, produit soit un son étouffé, soit un retard perceptible. Il n’y a pas de compromis acceptable : la sonnerie sonne juste, ou elle trahit le mécanisme.
Hazemann le dit sans détour : « Nous voulions que les finitions aient une réelle pertinence, que l’on puisse prendre le temps d’admirer tout le mécanisme. » La phrase vaut pour la sonnerie comme pour le reste. La Montre Ecole se décline en deux interprétations distinctes, chacune construite autour de la sensibilité de l’un des deux fondateurs. La version Hazemann travaille l’expression technique — les touches de bleu caractéristiques des aciers traités thermiquement, une lisibilité du mouvement pensée comme démonstration. La version Monnin choisit la pierre naturelle : malachite, opale. Des matériaux dont la découpe impose des contraintes que le métal ne connaît pas — fragilité à l’usinage, hétérogénéité de la masse, adhérence au support.
Deux lectures d’un même mouvement. C’est précisément ce que la Montre Ecole annonce : non pas une pièce de collection, mais un manifeste de méthode. Les deux noms figureront ensemble sur le cadran de leur prochain garde-temps — une décision qui dit quelque chose sur la façon dont ils conçoivent l’identité de leur atelier : ni division du travail, ni hiérarchie de crédit.
Depuis la création de leur entreprise, Hazemann & Monnin ont développé en interne les cinq étapes du cycle de fabrication — conception, prototypage, usinage, finition, assemblage. Ce n’est pas un positionnement marketing. C’est une contrainte choisie : celle de rester à portée de main de chaque composant, de ne pas sous-traiter ce qu’on ne maîtrise pas encore. La manufacture indépendante, dans ce sens-là, n’est pas un label. C’est une discipline quotidienne.
Le 24 mars 2026, à la Fondation Louis Vuitton, Raúl Pagès — lauréat de la première édition du Prix, en 2024 — leur remet le trophée en personne. Un objet en argent dont la spirale s’inspire du balancier, livré dans une malle en toile Monogram fabriquée à la main dans les ateliers d’Asnières. La dotation est de 150 000 euros, assortie d’un an de mentorat assuré par les horlogers de La Fabrique du Temps à Meyrin.
Ce que ce mentorat produira dépend moins du programme que de ce qu’Hazemann & Monnin choisira d’y chercher. Leur prochain garde-temps dira s’ils ont utilisé l’année pour consolider ce qu’ils savent déjà faire — ou pour aller chercher ce qu’ils ne savent pas encore.










