Simon Holloway, à la tête de la Maison dunhill, livre pour la saison Printemps-Été 2026 une partition où la structure du vêtement s’efface devant la fluidité du mouvement. Cette collection n’est pas une simple succession de silhouettes, mais une étude sur la mémoire des matériaux et la persistance des codes britanniques, de Savile Row aux circuits automobiles de la fin du XIXe siècle.
La discipline de Huddersfield
Le point d’ancrage de cette garde-robe réside dans le costume Bourdon. Taillé dans une laine à larges rayures tennis tissée à Huddersfield, il incarne une rigueur qui ne s’avoue pas. Entièrement entoilé mais seulement demi-doublé, ce vêtement repose sur une épaule légèrement cordée, signature de la discipline des tailleurs de Londres, ici assouplie pour les températures estivales. Le geste du tailleur ne cherche pas à contraindre le corps, mais à lui offrir une architecture respirante. Cette recherche de légèreté se prolonge dans l’utilisation de laines hopsack de mérinos provenant du Somerset, choisies pour leur capacité à maintenir une ligne nette malgré une porosité accrue.
L’archive comme matière première
La pièce maîtresse de cette saison est sans doute la réinterprétation de la veste de conduite originale de la Maison. Conçu il y a plus de cent vingt ans pour les pionniers de l’automobile en cuir de mouton couleur caramel, cet objet de patrimoine revient sous la forme d’un daim kaki britannique. Dépouillé de sa doublure, il perd son poids historique pour devenir une peau technique, capable de suivre les gestes d’un homme contemporain. Ce dialogue entre le passé et le présent se retrouve dans le choix des accessoires de mercerie : des carrés de soie et des nœuds papillon imprimés à la main à Macclesfield, dont les motifs dialoguent avec les briquets Unique et Rollagas issus des archives de mil huit cent quatre-vingt-treize.
La maroquinerie de l’usage
Au-delà du textile, la ligne de maroquinerie Alfred illustre la philosophie de la Maison : l’objet doit être utile et dépendre d’une mécanique irréprochable. Chaque pièce, travaillée en veau patiné à la main, reçoit une teinture appliquée par couches successives pour créer une profondeur de ton bicolore qui évoluera avec le temps. Le détail le plus éloquent reste le fermoir à glissière du porte-documents, dont le motif « Reed » est un transfert direct de l’ingénierie des briquets de la Maison. C’est ici que le luxe quitte le champ de l’apparence pour celui de la précision technique.
Détail : La structure Bourdon Le costume Bourdon utilise une laine de Huddersfield de faible grammage. Sa construction « fully canvassed » assure une mémoire de forme au vêtement, tandis que l’absence de doublure intégrale favorise la régulation thermique. L’épaule cordée, vestige du style militaire, est ici réduite à sa plus simple expression pour une silhouette dénuée de rigidité.
La silhouette dunhill de cette saison n’impose rien. Elle suggère une élégance héritée des codes royaux de l’actuel souverain britannique, tout en conservant l’impertinence d’un musicien de rock des années soixante. Un formel défait, où la justesse d’une coupe en lin « high-twist » suffit à définir une présence.
Une image de lin lavande froissé après une après-midi d’été.














