Home Food and WineChâteau Sainte Marguerite, millésime 2025 : l’école de la décision courte

Château Sainte Marguerite, millésime 2025 : l’école de la décision courte

by pascal iakovou
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Dans un contexte climatique qui resserre les marges de manœuvre, le millésime deux mille vingt-cinq de Château Sainte Marguerite raconte moins une esthétique qu’une discipline. Celle d’un domaine qui travaille vite, mais jamais dans la précipitation.

Le rosé, en Provence, est souvent réduit à une couleur. À La Londe, il reste une suite de décisions. Le printemps deux mille vingt-cinq, ponctué de pluies, a accéléré la croissance végétative. L’été, stable et lumineux, a comprimé les maturités sur une fenêtre étroite. Le calendrier n’a laissé aucune place à l’approximation.

Chaque parcelle a été récoltée séparément. Non pour segmenter une gamme, mais pour maintenir une lisibilité aromatique malgré la concentration des sucres. Les vendanges nocturnes, devenues un standard ici, ne relèvent pas d’un folklore technique : elles permettent de travailler à basse température, de limiter l’oxydation précoce et de réduire les intrants correctifs en cave.

Depuis près de cinquante ans, la famille Fayard structure le domaine autour d’un principe simple : la régularité ne se décrète pas, elle se construit dans la vigne. Le recours à la sélection massale, encore rare en Provence, en est l’un des piliers. En privilégiant des pieds anciens identifiés pour leur équilibre naturel, Château Sainte Marguerite protège un patrimoine génétique plus large que celui des clones standardisés. Cette pratique agit comme une assurance silencieuse face aux variations climatiques.

Le millésime deux mille vingt-cinq illustre cette logique. Symphonie Rosé se concentre sur la lecture immédiate du fruit et des sols de La Londe et Pierrefeu. Fantastique Rosé, issu de vieilles vignes et de parcelles historiques, assume une vinification plus précise, pensée pour la table. Marguerites en Provence, produite à quinze mille bouteilles, travaille la tension minérale et la longueur, sans chercher la démonstration.

L’introduction d’un Symphonie Blanc complète cet ensemble sans le bouleverser. Le Rolle y est traité comme un cépage de structure, non comme un exercice aromatique. Là encore, le propos est celui de l’équilibre plutôt que de la séduction immédiate.

En arrière-plan, l’outil architectural livré en deux mille vingt n’est pas un simple écrin. Entièrement ouvert sur le vignoble, il matérialise une volonté de transparence : montrer le travail, les volumes, les décisions. La collaboration engagée avec le groupe Pernod Ricard depuis deux mille vingt-deux inscrit cette méthode dans une échelle plus large, sans en diluer le contrôle familial.

Le millésime deux mille vingt-cinq ne cherche pas à “signer” une époque. Il documente autre chose, plus précieuse : la capacité d’un domaine provençal à rester lisible quand le temps se contracte. Une école de rigueur, appliquée à un vin trop souvent résumé à sa teinte.

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