Quatre-vingt-quinze ans après sa création pour l’une des petites-filles de René Lalique, la bague Cabochon s’étend en trois nouvelles pièces. Maison Lalique décline en pendentif, boucles d’oreilles et bracelet une forme conçue en 1931, confirmant une stratégie : construire l’archive plutôt que courir après la saison.
Une forme qui traverse le siècle
La bague Cabochon naît en 1931 dans l’atelier alsacien de René Lalique. Une sphère de cristal aplatie, un volume net sans facettes, un sertissage minimal sur argent. Lalique la destinait à l’une de ses petites-filles — geste privé devenu signature publique. Près d’un siècle plus tard, elle existe désormais en dix-neuf teintes et devient, pour le printemps 2026, le motif central d’une extension : boucles d’oreilles, pendentif, bracelet.
Le cristal reste fabriqué à la manufacture de Wingen-sur-Moder, en Alsace, où chaque pièce est façonnée à la main depuis 1922. Pour le Lustré Or, une variante parmi les quatre nouveaux coloris, un lustre contenant de la poudre d’or est appliqué à la main sur le cristal incolore — procédé qui impose un contrôle de température et un temps de séchage précis pour éviter toute oxydation visible.
Trois objets, une même courbe
Les boucles d’oreilles reprennent le volume arrondi du Cabochon originel. Le cristal est serti sur argent rhodié ou plaqué or jaune, en fonction du coloris choisi. La forme épouse le lobe, et le poids — non communiqué dans les documents techniques fournis — a été calibré pour permettre un port prolongé sans déséquilibre.
Le bracelet pose le cristal sur un double tour de cuir. Les bords sont légèrement rembourrés, et la boucle plaquée or limite les frottements sur le poignet. Ce choix du cuir, rare dans l’univers joaillier de Lalique, introduit une matière organique face à la rigidité du cristal — dialogue textile-minéral qu’Hermès maîtrise depuis longtemps, mais que Lalique explore ici avec retenue.
Le pendentif suspend une goutte de cristal au décolleté, portée par une chaîne forçat ronde en argent rhodié ou plaqué or jaune. La longueur est ajustable pour s’adapter à différentes morphologies. La pièce est conçue pour rester stable — le cristal ne doit pas tourner sur lui-même lors des mouvements.
Détail : Le Lustré Or, un procédé ancien réactivé
Parmi les quatre coloris de cette extension — Bleu Cap Ferrat (la teinte historique), Vert profond, Rouge, et Lustré Or —, ce dernier repose sur une technique de lustrage appliquée manuellement. Le cristal incolore reçoit un mélange contenant de la poudre d’or, puis passe au four pour fixer la matière. Ce procédé, courant dans les ateliers de céramique au XIXe siècle, exige une maîtrise de la cuisson pour éviter que l’or ne se consume ou ne craquelle. Lalique l’applique ici au cristal, dans la continuité d’un savoir-faire alsacien transmis depuis la création de la manufacture.
Une extension pensée comme un héritage
Marc Larminaux, directeur artistique, et le Studio de Création Lalique développent ces trois nouvelles pièces dans une logique d’accumulation plutôt que de rupture. Lalique ne cherche pas à réinventer Cabochon, mais à prolonger sa présence au poignet, à l’oreille, au cou — autant de zones corporelles qui transforment une bague en vocabulaire formel reproductible.
Cette stratégie s’inscrit dans une approche observée chez d’autres maisons : Hermès avec le carré, Cartier avec la Panthère, Van Cleef & Arpels avec le Alhambra. Il s’agit de bâtir l’icône par répétition contrôlée, en variant le support sans diluer la forme. Lalique affirme ici une méthode : ne pas créer l’éphémère, mais construire l’archive.
Les trois nouvelles créations Cabochon seront proposées à partir du 30 mars 2026 dans les boutiques Lalique et chez les revendeurs agréés. Le cristal reste fabriqué en Alsace, selon les mêmes méthodes qu’en 1922.























