Home Food and WineVins et SpiritueuxZorzettig Myò « I Fiori di Leonie » 2021, lecture d’un paysage frioulan

Zorzettig Myò « I Fiori di Leonie » 2021, lecture d’un paysage frioulan

by pascal iakovou
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Dans les collines de Spessa, à quelques kilomètres de Cividale del Friuli, la vigne s’inscrit dans une géologie précise : une alternance de marnes et de grès d’origine éocène, localement appelée ponca. Ce sol friable, riche en minéraux, impose une contrainte hydrique naturelle et structure des vins tendus, souvent marqués par une salinité nette. C’est dans ce cadre que la Maison Annalisa Zorzettig développe depuis 2006 une lecture contemporaine d’un héritage commencé en 1874, en s’appuyant sur des cépages autochtones et des pratiques culturales adaptées à ce relief fragmenté.

La cuvée I Fiori di Leonie 2021 s’inscrit dans cette logique de lieu avant celle de style. L’assemblage repose sur le Friulano, complété par le Pinot Bianco et le Sauvignon. Les vendanges sont étagées sur trois séquences de septembre, chaque cépage étant récolté à maturité spécifique, puis sélectionné manuellement. Le vignoble, situé à Novacuzzo, s’étend sur un hectare exposé au sud, avec des rangs orientés est-ouest. La densité de plantation varie de deux mille à quatre mille pieds par hectare, avec certaines vignes de Friulano issues d’une parcelle plantée en 1936.

Le système de conduite en Guyot et en double arcure organise la croissance végétative, mais c’est le travail du sol qui structure réellement l’écosystème. L’enherbement n’est pas laissé au hasard : un mélange de dix espèces — phacélie, trèfle incarnat, moutarde blanche, vesce — est semé en alternance. Ce couvert végétal agit à la fois comme régulateur hydrique, support de biodiversité et vecteur d’azote. Il inscrit la vigne dans un cycle agronomique où la fertilité n’est pas apportée mais entretenue.

En cave, l’élevage s’effectue pendant neuf mois en foudres de chêne slavon de vingt-cinq hectolitres, suivi d’un affinage équivalent en bouteille. Ce choix de contenant, moins extractif que la barrique, limite l’empreinte boisée et privilégie la lecture du fruit et du sol. Le vin se présente avec une robe jaune paille aux reflets dorés ; l’expression aromatique évoque des fleurs blanches, la pomme mûre et les agrumes, tandis que la bouche s’organise autour d’une tension saline et d’une persistance structurée.

Ce type de vinification s’inscrit dans une approche plus large de la Maison, fondée sur la continuité entre vigne et cave. L’abandon des insecticides de synthèse depuis 2016, l’intégration au protocole SQNPI et la participation au programme Biodiversity Care témoignent d’une volonté d’inscrire la production dans un équilibre écologique mesurable. L’objectif n’est pas la certification en soi, mais la stabilité d’un système où les interactions biologiques remplacent les interventions correctives.

Le nom Myò, qui signifie « mien » en frioulan, introduit une dimension plus intime. Il renvoie à une langue locale, mais aussi à une forme d’appropriation du paysage. Ici, l’identité ne se construit pas comme un discours, mais comme une série de décisions agronomiques et œnologiques : choix des cépages, gestion du sol, temporalité des élevages. Ce sont ces paramètres, plus que le registre aromatique, qui définissent la cohérence de la pièce.

À travers I Fiori di Leonie, la Maison Zorzettig ne cherche pas à produire une signature immédiatement reconnaissable. Elle propose plutôt une lecture située du Frioul oriental, où la notion de millésime reste indissociable de celle de parcelle. Une manière de rappeler que, dans cette partie de l’Italie, le vin reste d’abord une géographie mise en bouteille.

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