Shoji Kamoda est mort en 1983. Il avait passé l’essentiel de sa carrière à Mashiko, dans la préfecture de Tochigi, à travailler un motif obsessionnel : des rangées d’écailles superposées, imprimées à la main sur grès, qui créent par leur répétition une surface en mouvement apparent. Le terme japonais est uroko — écaille, mais aussi, par extension, ce qui se détache et révèle.
ISSEY MIYAKE EYES reprend ce motif pour son nouveau modèle de lunettes, présenté dans le cadre de la collection IM MEN Printemps-Été 2026. La traduction du vocabulaire céramique en optique pose un problème technique concret : une surface de verre n’est pas un plan, et la répétition d’un motif à courbure variable ne se résout pas par l’impression seule.
La solution retenue est structurelle. Huit verres — quatre de chaque côté — sont disposés en séquence pour reconstituer le rythme des écailles de Kamoda. Chaque verre reçoit une découpe concave spécifique, calculée pour s’emboîter dans la monture compacte sans espace ni débordement. C’est la géométrie de l’assemblage, et non un décor appliqué en surface, qui produit le motif.
Détail — La découpe concave sur un verre optique est une opération de précision qui s’oppose à la logique habituelle de la lunetterie, laquelle privilégie les géométries convexes ou planes pour des raisons de rendement industriel. Travailler en concave sur huit éléments distincts destinés à s’articuler impose des tolérances d’assemblage serrées — la variation de quelques dixièmes de millimètre sur l’une des pièces modifie la lisibilité du motif d’ensemble.
La monture elle-même est produite par impression 3D, procédé qui autorise des formes de surface inaccessibles à l’injection plastique classique. Le résultat est délibérément non-uniforme : chaque pièce présente de légères variations de texture, conséquence assumée du procédé. Là où la production industrielle standardisée traite la variation comme un défaut, UROKO la revendique comme propriété de l’objet — chaque monture est, dans une mesure mesurable, différente de la précédente.
Ce n’est pas une posture esthétique. C’est la même logique que Kamoda appliquait à ses bols de Mashiko : la répétition d’un geste n’est jamais strictement identique, et c’est dans cet écart que réside la lisibilité du savoir-faire.
UROKO sera disponible dès mars 2026.










