La maison parisienne d’origine italienne présente sa collection Automne 2026 dans les paysages de l’Engadine, affirmant une vision où le vêtement devient le territoire naturel des artistes.
Il y a des maisons qui naissent d’un constat et d’autres d’une absence. Meta Campania Collective appartient à la seconde catégorie. Fondée en septembre 2020 par Jon Strassburg et Heiko Keinath, cette manufacture parisienne produite intégralement en Italie s’est construite sur un refus : celui du compromis. Strassburg, ancien directeur du merchandising chez Bottega Veneta sous les directions successives de Tomas Maier et Daniel Lee, puis chez Burberry, connaît les rouages de l’industrie du luxe. Il sait où l’on coupe les coins, où l’on substitue les colles aux coutures, où l’on sacrifie la matière à la marge.
Pour l’Automne 2026, Strassburg ancre sa proposition dans les Grisons, ce canton suisse oriental où ses parents se sont rencontrés et où il a passé ses hivers d’enfance. Le choix n’est pas anecdotique. L’Engadine, région qui englobe Davos et Saint-Moritz, est devenue depuis une décennie un épicentre discret de l’art contemporain, attirant galeristes et créateurs dans le sillage de figures comme Alberto Giacometti, natif de la vallée voisine de Bregaglia, ou Ernst Ludwig Kirchner, qui y trouva refuge jusqu’à sa mort en 1938.
L’uniforme de ceux qui créent
La collection se déploie autour d’une idée persistante chez Meta Campania : le vestiaire des artistes comme boussole stylistique. Non pas le cliché du créateur en blouse tachée, mais cette nonchalance étudiée que l’on retrouve chez Wolfgang Tillmans ou dans les photographies d’atelier de Pablo Picasso. Des manteaux croisés allongés en cachemire et soie-cachemire, des car coats ajustés, des bombers varsity en veau lisse ou en laine bouillie volumineuse. Chaque pièce fonctionne comme un élément autonome, capable de s’intégrer à un vestiaire existant sans en perturber l’équilibre.
Les matières parlent d’elles-mêmes : velours imprimé léopard, mélanges laine-cachemire créant des reliefs visuels par intarsia, shearling à poil long décliné en vestes de travail et accessoires. La marque poursuit son exploration du velours côtelé à larges côtes, signature maison, désormais proposé en blanc hivernal sur la veste workwear et le pantalon à cordons. L’offre féminine s’étoffe avec des robes du soir en soie, des ensembles jupe et maille conjuguant aisance et sophistication. Le sac Frame évolue dans une version poignée supérieure, mariant veau sellier souple et agneau suédé.
Le dialogue avec Giovanni Leonardo Bassan
La présentation parisienne intègre les œuvres de Giovanni Leonardo Bassan, artiste multidisciplinaire italien né en 1989 à Marostica, formé au Politecnico di Milano et installé à Paris depuis plus d’une décennie. Protégé de Michèle Lamy, qui lui offrit son premier atelier dans la capitale française, Bassan développe une peinture figurative contemporaine où les techniques classiques européennes rencontrent l’expressionnisme de la nouvelle figuration. Ses toiles, souvent constituées de niveaux figuratifs superposés, explorent ce qu’il nomme les « hétérotopies » de la vie urbaine — ces espaces autres, au-delà des conventions.
Cette collaboration illustre le positionnement singulier de Meta Campania dans l’écosystème du luxe contemporain. La maison ne se contente pas de produire des vêtements : elle construit une plateforme où créatifs, musiciens, photographes et artistes deviennent les visages naturels de collections pensées pour eux. Le violoncelliste Jérémie Maillard interprète une pièce solo de Bach pendant la présentation, écho à la sérénité des sommets grisons.
Le casting du lookbook, photographié par Stanislas Motz-Neidhart dans les paysages de l’Engadine, réunit Bibi Setareh Manavi, Théa Clausin et Ibraim Ouattara aux côtés de Bassan lui-même. La vidéo, signée Adrià Cañameras, transforme la collection en récit visuel où le vêtement et le territoire dialoguent.
Avec environ 70 % de son chiffre d’affaires désormais réalisé par l’offre féminine et une distribution en quarante points de vente internationaux — Dover Street Market à Paris et Londres, Trois Pommes à Zurich, 10 Corso Como à Milan —, Meta Campania Collective trace une voie distincte entre les maisons du luxe discret et les labels plus directement mode. La collection Automne 2026 confirme cette trajectoire : des pièces qui ne se redesignent pas intégralement chaque saison, mais évoluent, se densifient, s’affinent. Un vestiaire qui se constitue dans la durée, pour ceux qui considèrent que s’habiller est un geste quotidien méritant la même attention que créer.




































































