Il existe le noir qui éteint et le noir qui révèle. Depuis 1981, Yohji Yamamoto impose le second sur les podiums parisiens, utilisant l’absence de couleur pour forcer le regard à lire la coupe, le volume et le tombé du tissu. Hublot, de son côté, a théorisé cette approche en horlogerie dès 2006 avec son concept « All Black », affirmant que la visibilité du temps passe après la présence de l’objet. Pour leur quatrième collaboration, la Manufacture de Nyon et le créateur japonais investissent pour la première fois la silhouette de la Classic Fusion, proposant une lecture du noir non pas comme une teinte, mais comme une texture vivante.
Limitée à 300 exemplaires, cette Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo de 42 mm repose sur un paradoxe visuel : le camouflage, motif historiquement conçu pour dissimuler, devient ici un révélateur de lumière. Le boîtier en céramique noire microbillée absorbe les reflets directs pour mieux sculpter les ombres, tandis que le cadran opère un jeu de reliefs monochromes. Ce motif camouflage, signature de l’esthétique Yamamoto, ne se contente pas d’être imprimé ; il est travaillé en superposition pour créer une profondeur qui change selon l’angle d’exposition, illustrant la définition que le couturier donne du noir : « à la fois discret et arrogant ».
La rigueur du geste se poursuit dans l’intégration des matériaux, fidèle à l’ADN de fusion de la Maison suisse. Le bracelet n’est pas un simple accessoire de maintien mais une pièce de construction hybride, mêlant le tissu — matière première du couturier — à la résilience du caoutchouc vulcanisé. Cette continuité de ton sur ton abrite le calibre automatique HUB1110, dont le rotor squeletté se laisse deviner à travers un fond saphir fumé, préservant le mystère mécanique sans le cacher totalement.
Au-delà de l’exercice de style, cette pièce pose une question de design fondamentale : jusqu’où peut-on dépouiller un objet pour n’en garder que l’essence? En fusionnant la géométrie industrielle de Hublot et la poésie déstructurée de Yamamoto, cette édition rappelle que le luxe contemporain réside moins dans l’ornementation que dans la précision des textures. Comme le souligne Julien Tornare, CEO de Hublot, le noir est traité ici comme « un matériau vivant », confirmant que la monochromie, lorsqu’elle est maîtrisée, est la plus riche des palettes.



