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Ron Santiago de Cuba 20 ans: l’Oriente en version lente

by pascal iakovou
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Il y a des alcools qui parlent fort. Et puis il y a ceux qui vous prennent par le bras, doucement, comme un vieux morceau de son que l’on remet sur la platine juste pour verifier qu’il n’a pas vieilli. Ron Santiago de Cuba 20 ans appartient clairement a la deuxieme categorie. Un rhum qui ne cherche pas a faire le malin, mais a installer une cadence.

On le dit souvent, mais ici c’est concret: l’Oriente, au sud-est de Cuba, a donne naissance a une idee du rhum plus leger, plus civilise, plus construit sur la precision que sur la demonstration. Santiago de Cuba, ville de chaleur et de musique, a aussi ete un laboratoire du « ron ligero » – cette tradition cubaine ou l’on vise la nettete aromatique, la finesse de structure, la tenue en bouche. L’age, dans ce contexte, n’est pas un muscle. C’est une respiration.

La maison Ron Santiago de Cuba revendique un savoir-faire ancien, avec une distillation historiquement ancree a Santiago de Cuba depuis le XIXe siecle. Le rhum est elabore a partir de melasse et de canne locales, puis travaille avec cette logique cubaine qui privilegie la colonne, la purete, la ligne claire. Les alambics de cuivre (dans un imaginaire plus « atelier » que « carte postale ») servent surtout a rappeler que, meme dans un style leger, le gout vient aussi des outils et des decisions.

Le 20 ans, lui, est annonce comme un assemblage de rhums vieillis au minimum vingt ans en futs de chene blanc. Et c’est la que le discours devient interessant: a Cuba, le temps ne se vit pas comme en Ecosse. Le climat accelere. Les futs respirent plus vite. Les anges, eux, ne font pas de pause cafe. Donc un « 20 ans » sous tropiques, ce n’est pas seulement une etiquette d’age, c’est une promesse de concentration, de rondeur, parfois aussi de fragilite si l’equilibre n’est pas tenu.

Au nez, on est sur quelque chose d’assez adulte: des notes de xeres, de vanille sechee, une noix de coco grillee qui reste du cote toasté plutot que du cote creme solaire. Une touche beurree arrive, presque patissiere, mais sans sucre envahissant. En bouche, la texture est ample, veloutee, avec ce registre « pop-corn beurre » qui peut sembler gadget sur le papier mais qui, ici, sert surtout a donner de la densite. Puis viennent le cacao grille, un boise plus fin, plus structurant qu’aromatique. La finale s’etire sur un chene grille elegant, avec une profondeur qui tient, justement, a la patience.

Ce qui compte, maintenant, c’est aussi le contexte. Le rhum cubain traverse une periode moins romantique: tensions sur la filiere sucre, contraintes industrielles, incertitudes d’approvisionnement. Dans ce paysage, les cuvees de vieillissement long prennent une autre valeur. Elles racontent un stock, une reserve, un choix de garder, de ne pas tout mettre en flux. Un luxe tres concret: la capacite de dire « on attend ».

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