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Oscars 2026 : les looks complets du tapis rouge — joaillerie, mode et horlogerie

by pascal iakovou
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Le 15 mars 2026 au Dolby Theatre de Los Angeles, la 98e cérémonie des Oscars a confirmé une tendance de fond : le tapis rouge n’est plus un couloir de mode. C’est une surface de démonstration — joaillière, sartoriale, horlogère — où chaque choix constitue un argument.


La nuit du 15 mars n’a pas encore livré tous ses secrets que les communiqués affluaient déjà. Maisons de joaillerie, ateliers de tailleur, manufactures horlogères : une vingtaine d’enseignes avaient pris position sur ce tapis, certaines pour lancer en avant-première une collection entière, d’autres pour rappeler l’épaisseur d’une archive centenaire. Ce que le spectateur voit en trente secondes de diffusion télévisée représente, dans les coulisses, des mois de négociation, des centaines d’heures de fabrication et une stratégie de visibilité construite au millimètre.


Chanel : la lauréate et ses collections

La victoire de Jessie Buckley dans la catégorie Meilleure actrice pour Hamnet a placé au centre des projecteurs une silhouette habillée par Maison Chanel Haute Joaillerie — trois pièces dont les genèses traversent des décennies distinctes du siècle dernier. Le collier N°5 Drop en or blanc et diamants rend hommage au flacon du parfum emblématique : ses lignes courbes évoquent les gouttes, avec un diamant en forme de poire de 1,01 carat en point de suspension. Les boucles Bouton de Camélia en or blanc et diamants déclinent en joaillerie la fleur que Gabrielle Chanel adopta comme symbole dès les années 1920 — symétrie géométrique, courbes régulières. La bague Jeanne de la Collection Coco Avant Chanel présente un diamant taille marquise associé à un pavage irrégulier jouant entre légèreté et densité, en clin d’œil aux panneaux de Coromandel que la fondatrice collectionnait.

Nicole Kidman, ambassadrice de la maison, portait quatre pièces. Les boucles Endless Knot de la Collection Flying Cloud — inspirée de l’amour de Chanel pour la voile et le yacht du même nom dans les années 1920 — sont serties de perles japonaises et diamants sur or blanc. La bague Tweed Brodé traduit en diamants entrelacés la texture du tissu que Chanel fut la première à adapter de la mode masculine à la femme, au contact du duc de Westminster. La bague Contraste Blanc de la Collection Camélia Allures centre un diamant taille émeraude de 5,1 carats dans la rondeur florale — contraste de forme comme argument esthétique. Gracie Abrams, ambassadrice, portait la bague Marthe en or blanc, spinelles grises et diamant taille ronde de 1,55 carat, associée à des boucles Diamant Essentiel comptant 118 diamants sur la silhouette du camélia. Pedro Pascal portait la montre Boy·Friend en or beige bracelet alligator — une pièce qui efface délibérément la distinction entre style masculin et féminin. Maya Rudolph portait deux bagues : la Diamant Évanescent à diamant taille ovale, et la Plume 1932 en or blanc et diamants, qui réinterprète depuis 1932 la plume comme motif de liberté formelle, avec des boucles Tweed Frangé asymétriques à diamants en cascade sur or blanc.

Bvlgari : la première mondiale comme acte éditorial

La soirée la plus attendue de l’industrie cinématographique mondiale a servi de cadre au lancement anticipé de la collection Eclettica de Maison Bvlgari — officiellement prévue pour plus tard ce mois de mars. Priyanka Chopra Jonas, ambassadrice mondiale de la maison romaine, portait le collier Serpenti Illusio en or blanc : au centre, un saphir de Madagascar en taille coussin ancienne de 14,01 carats, entouré de 130 émeraudes buff-top, d’éléments d’onyx et d’un pavé de diamants de 23,05 carats. L’ensemble compte 235 composants, assemblés sur plus de 1 300 heures. L’effet optique est construit : ce qui apparaît d’abord comme une géométrie de diamants révèle progressivement la silhouette d’un serpent en bas-relief contemporain. Elle portait également une bague en platine centrée sur un diamant de taille émeraude de 14,55 carats.

Anne Hathaway, présente comme annonciatrice, était habillée en Dior — robe drapée en soie blanche brodée d’un boa de plumes — tout en portant le collier Neoclassical Starlight de la même collection Eclettica : une pièce en platine de 850 heures de travail, articulée autour d’un diamant jaune poire de 8,02 carats classé Fancy Vivid — une désignation gemmologique réservée aux pierres dont la saturation chromatique atteint son maximum absolu. Le poids total en diamants dépasse 35 carats. La référence déclarée par Bvlgari est Antonio Canova — les proportions néoclassiques de la composition, l’équilibre entre masse et légèreté. Les boucles d’oreilles Daphne’s Laurel associées, inspirées du mythe d’Apollon et Daphné, sont transformables : diamants jaunes Fancy Intense d’un côté, diamants blancs de l’autre.


Boucheron : l’argument de l’archive

Maison Boucheron a adopté une logique inverse. Plutôt que de lancer, elle a exhumé. Leonardo DiCaprio, nommé pour Une Bataille Après l’Autre dans la catégorie Meilleur acteur, portait sur son revers une broche Abeille issue de la Collection Privée — pièce en or jaune, émail jaune, grenat et diamant datée de 1964. Frédéric Boucheron, fondateur de la maison place Vendôme en 1858, traduisait sa fascination pour la nature en bijoux entomologiques destinés à orner les revers masculins. Cette série d’insectes fut produite de 1964 jusqu’au début des années 2000. Un objet de soixante ans, porté sur un smoking Dior en laine noire et soie — Boucheron et Dior s’associant sur la même silhouette.

Ludwig Göransson, doublement nommé pour Sinners — Meilleure musique originale et Meilleure chanson —, portait deux broches de Collection Privée : un Lion Assyrien de 1920 en or jaune, rubis et diamants, et une Tête de Lion en or mat de 1901. La première s’inscrit dans le mouvement d’inspiration archéologique qui marqua l’Europe au tournant des XIXe et XXe siècles ; la seconde illustre la maîtrise bouchéronienne de la ciselure et de la texture de l’or. Le compositeur suédois, dont le travail sur Sinners convoque des musiques de l’Amérique du Sud profond et du blues du Delta, arrivait avec plus d’un siècle d’orfèvrerie sur le revers — un dialogue de temporalités que peu de tapis rouges auront jamais formulé.

Demi Moore, présentatrice, portait l’ensemble Vendôme Liseré complet : dormeuses à tourmalines bleues taille émeraude et diamants sur or blanc à laque noire, bague centrée sur un diamant taille émeraude de 4,13 carats, bracelet assorti — et la pièce transformable Ruban Diamants de la collection Haute Joaillerie Histoire de Style, Art Déco, portée en version bracelet. Kristen Wiig, également présentatrice, était vêtue d’Elie Saab Haute Couture Printemps-Été 2026 — jupe mousseline volumineuse en gris cendré brodée, chemise entièrement brodée — et portait le collier Quatre Classique Boucheron serti de PVD marron sur ors jaune, rose et blanc, associé à une bague Serpent à citrine ovale de 19,16 carats et à la manchette XXL de la même famille.

Saint Laurent : la géométrie du désir

Zoé Saldaña portait Saint Laurent by Anthony Vaccarello à deux reprises dans la même nuit, incarnant la continuité entre cérémonie et after-party comme programme stylistique en soi. À la cérémonie, une robe en satin de soie et dentelle avec sandales à plateforme Chandelle en crêpe satin. À la Vanity Fair Oscar Party, une mini-robe manches longues en dentelle silicone sur collant sheer nylon avec escarpins P.A.R.I.S. en cuir verni — le même geste de précision formelle décliné en deux registres de lumière. Olivia Rodrigo portait une mini-robe en crêpe satin et plumes. Devon Lee Carlson arrivait en robe dos-nu à encolure bénitier en satin de soie avec mules Chandelle en crêpe satin. Duke Nicholson, en double-breasted Prince-de-Galles laine avec chemise popeline de coton, cravate rayée soie large et pantalon taille haute en laine, souliers Stanton en cuir glacé : la maison avenue Marceau énonçant, par contraste avec les smokings alentour, une masculinité qui préfère la structure à la cérémonie.


Dior : le velours et la plume

Maison Christian Dior habillait simultanément la cérémonie principale et la Vanity Fair Oscar Party, couvrant un spectre allant du smoking masculin à la robe de soirée brodée. À la cérémonie : Rose Byrne en robe bustier noir drapé en crêpe brodé de fleurs ; Mikey Madison en robe bustier rouge velours brodée de fleurs — un rouge profond, non un rouge de tapis rouge, un rouge de studio d’artiste ; Amy Madigan en veste de soie ornée de plumes sur top brodé de sequins noirs et pantalon laine-soie ; Mia Goth en robe en organza de soie ivoire brodée de points et de fleurs de dentelle ; Priyanka Chopra Jonas en robe bustier blanc drapé en soie brodée d’un boa de plumes ; Anna Wintour en ensemble dentelle noire sur robe de satin blanc brodée de fleurs.

Côté masculin : Leonardo DiCaprio en smoking laine noire et soie à revers châle, chemise blanche, nœud papillon noir et derbies en cuir verni ; Robert Pattinson en smoking velours noir à revers de soie, le même modèle repris à la Vanity Fair Party ; Bobby Cannavale en smoking laine noire et soie à revers peak. À la Vanity Fair Party, LaKeith Stanfield portait un frac queue de pie en laine et soie grise à revers châle avec pantalon assorti, chemise blanche et souliers bicolores noir et blanc. Mia Goth y ajoutait une robe bustier en soie noire avec tulle et jupon en guipure.


Louis Vuitton : le sur-mesure comme argument structurel

La maison du groupe LVMH habillait à la fois la cérémonie et la Vanity Fair Party, toujours en pièces sur-mesure. À la cérémonie : Alana Haim en robe croisée noire et blanche brodée avec escarpins en cuir noir — et la bague Perception sertie d’un diamant taille LV Monogram Star de la collection Haute Joaillerie Awakened Hands, Awakened Minds ; Renate Reinsve en robe de crêpe de soie rouge avec sandales rouges, bracelet en or blanc et diamants, bague en or blanc, onyx et diamants, et rouge à lèvres La Beauté Louis Vuitton en Vuittamine ; Joel Edgerton en smoking à revers châle noir, chemise blanche, cravate de soie noire et derbies — avec la broche Les Honneurs en saphirs et diamants et la broche Idylle Blossom en diamants, toutes deux issues de la collection Haute Joaillerie.

À la Vanity Fair Party : Alana Haim changeait pour une robe longue vert clair brodée à la main avec sandales blanches et boucles d’oreilles en or blanc et diamants de la Haute Joaillerie ; Alysa Liu en mini-robe noire en lurex entièrement brodée de perles gunmetal et escarpins satin noirs, avec bagues en or blanc et diamants ; Renate Reinsve en robe en mousseline et jersey noirs avec escarpins Gala, portant le collier Gravité de la collection Awakened Hands et la bague Motion de la collection Virtuosity.


Le vestiaire masculin anglais

Maison Dunhill habillait quatre acteurs dans des registres distincts, tous tirés de la collection Automne-Hiver 2026. Jack O’Connell arrivait en blazer Bourdon ivoire en twill de cachemire à revers cranté, pantalon flanelle en laine Super 150s et cachemire, nœud papillon et écharpe en soie madder noire, cummerband en grosgrain laine-soie. Jason Bateman en smoking midnight en barathée de laine à revers peak. Chase Stokes en double-breasted velours de coton rouge profond à revers peak — l’une des rares prises de risque chromatiques masculines de la soirée. Josh Dallas en smoking en velours Supima noir à revers châle avec écharpe de soirée en soie.

Ralph Lauren habillait Nick Jonas en smoking double-breasted en velours marron Purple Label Made-to-Measure — veste, pantalon, chemise plissée, nœud papillon satin, slippers assortis. Will Arnett portait également Ralph Lauren. Antonio Marras signait la robe d’Auliʻi Cravalho : un bustier structuré en satin sculpté de motifs tourbillonnants évoquant des roses en relief, broderies et détails joailliers à la ceinture, jupe-ballon en tulle de soie volumineux de la collection Printemps-Été 2026 — une silhouette que la maison sarde définit comme une relecture de l’Hollywood classique par le prisme de Marie-Antoinette.

HOLLYWOOD, CALIFORNIA – MARCH 15: Auli’i Cravalho attends the 98th Oscars at Dolby Theatre on March 15, 2026 in Hollywood, California. (Photo by Matei Horvath/FilmMagic)

L’horlogerie comme position

Manufacture Jaeger-LeCoultre articulait sa présence autour de trois montres rectangulaires à niveaux de complication croissants. Usher portait la Rendez-Vous Classic Night & Day en or rose — disponible en 29 ou 34 mm — avec fond saphir ouvert sur le calibre automatique intégralement développé dans la Vallée de Joux, décor guillochée main, cadran nacre et diamants, indicateur nuit-jour. Domhnall Gleeson choisissait la Reverso Tribute Monoface Small Seconds : boîtier rectangulaire à 7,56 mm d’épaisseur, mécanisme coulissant-pivotant de plus de 50 composants conçu en 1931 pour les cavaliers de polo, l’intérieur du berceau sublimé d’une gravure soleil. Taron Egerton, à la Vanity Fair Party, portait le Reverso Tribute Chronograph avec cadran ajouré révélant la roue à colonnes du calibre 860, ponts décorés de Côtes de Genève et biseautés à vif. Trois variations sur un même boîtier centenaire — une démonstration de gamme sans programme explicite.

Manufacture Blancpain, fondée en 1735, plaçait deux pièces de la collection Villeret : Jeremy Pope portait le Quantième Complet — affichage du quantième, jour, mois et phase de lune dans le cadre classique de la collection — ; Josh Dallas portait le Carrousel Volant Une Minute, dont le tourbillon volant effectue une rotation complète en soixante secondes à travers un cadran ouvert. Ce dernier portait également une montre Dunhill et des chaussures Gianvito Rossi — une accumulation de maisons sur un même individu qui dit quelque chose sur l’économie de la nuit.

Hublot habillait trois poignets dans trois diamètres distincts, tous issus de la collection Classic Fusion. Joe Alwyn, présent pour soutenir Hamnet — le film de la soirée avec huit nominations —, portait la Classic Fusion Essential Grey de 42 mm, un modèle exclusivement disponible en e-commerce. Kieran Culkin, de retour aux Oscars après sa victoire de Meilleur acteur dans un second rôle en 2025, montait sur scène pour remettre ce même prix avec la Classic Fusion Chronograph King Gold de 42 mm au poignet — un chronographe en or rouge à la sobriété calculée. Miles Caton, révélation de Sinners — le film aux seize nominations, un record —, portait la Classic Fusion Chronograph Titanium King Gold de 45 mm : le plus grand diamètre de la sélection, pour le plus jeune des trois porteurs. Pedro Pascal complétait la présence horlogère mixte de la soirée avec la Boy·Friend Chanel en or beige — une montre dont la vocation est précisément de ne pas appartenir à un genre.

Maison Messika articulait sa stratégie autour d’Amy Madigan, lauréate du prix de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Weapons : à la cérémonie, boucles So Move pavé et anneau Move Link ; à la Vanity Fair Party, les mêmes pièces complétées par d’autres créations de la maison. Helena Christensen portait le collier Divine Enigma centré sur un diamant jaune coussin de 18 carats ; Mary J. Blige, le collier Diamond Squad de 39 carats de diamants associé à des boucles Star Chaser ; Arden Cho, le collier Firebird de 89 carats dont une pierre coussin de cinq carats ; Mia Goth, la parure Tamara Haute Joaillerie. Swarovski habillait Ejae — co-auteure de la chanson nominée Golden — d’un parure sur mesure en diamants de synthèse avec grands octogones propriétaires ; et Inga Ibsdotter Lilleaas, nominée pour Sentimental Value, des boucles et bracelet Matrix avec bague Constella.


Ce que la 98e cérémonie confirme, au-delà de l’inventaire, c’est la convergence entre stratégie de lancement et économie de visibilité. Bvlgari choisit le tapis le plus photographié de l’année pour présenter une collection qui n’existe pas encore officiellement. Boucheron y envoie une broche taillée en 1901. Chanel y habille la lauréate principale en trois pièces aux genèses séparées par des décennies. Hublot y place sa nouveauté e-commerce exclusive sur le poignet de l’acteur associé au film le plus nommé de la soirée. Saint Laurent y déploie, à travers Zoé Saldaña, une même logique stylistique du crépuscule à l’aube. La nuit du 15 mars ne dure que quelques heures. Les images, elles, circulent déjà.

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