À l’ombre monumentale de la colline de Corton, le village de Pernand-Vergelesses cultive une discrétion qui confine au secret. Pourtant, c’est bien ici, sur le climat éponyme « Vergelesses », que se joue l’une des partitions les plus justes de la Côte de Beaune. Propriétaire de 5,3 hectares sur ce Premier Cru historique — celui-là même qui donna son nom au village — le Domaine Chanson y perpétue une lecture géologique précise. Ce terroir, marqué par une dualité de sols lourds et caillouteux en partie haute, et plus argileux en bas de coteau, impose au Pinot Noir une architecture singulière, loin de la facilité immédiate.
Le millésime 2022, souvent résumé à sa générosité solaire, révèle ici une complexité née de la contrainte. Si le printemps doux et l’été marqué par des épisodes caniculaires laissaient présager une puissance incontrôlée, la vigne a su puiser dans les réserves hydriques des argiles profondes. Les orages salvateurs de fin août ont joué le rôle de régulateur thermique, permettant d’atteindre une maturité phénolique aboutie tout en préservant l’acidité nécessaire.
En cave, cette matière première a dicté un protocole d’une rigueur monacale. La vendange, exclusivement manuelle, a fait l’objet d’un tri drastique mobilisant quarante personnes, garantissant que seule la quintessence du fruit n’entre en cuverie. Le choix technique d’un égrappage partiel à 50%, suivi d’une macération pré-fermentaire à froid d’une dizaine de jours, témoigne d’une volonté d’infusion douce plutôt que d’extraction brutale. Cette méthode permet de fixer la couleur et de libérer les précurseurs aromatiques sans durcir les tanins. L’élevage, mené en fûts de chêne (dont 25% de bois neuf), accompagne le vin sans le maquiller, jusqu’à une mise en bouteille calée sur le calendrier lunaire.
Le résultat dans le verre est un éloge de la texture. La robe rubis profond annonce un nez où les fruits noirs et rouges se mêlent à des notes de cacao et d’épices, signature de l’élevage et du terroir. En bouche, le vin se déploie avec une densité soyeuse, « croquante » selon le terme du domaine, avant de s’étirer sur une finale minérale persistante. Taillé pour la gastronomie, ce Premier Cru appelle des accords francs : une entrecôte grillée pour répondre à ses tanins, ou la puissance locale d’un Époisses pour souligner son ampleur.


