Home ModeFashion WeekCollina Strada Automne/Hiver 2026 : Organza, deadstock et bio-matière contre la fatigue du monde

Collina Strada Automne/Hiver 2026 : Organza, deadstock et bio-matière contre la fatigue du monde

by pascal iakovou
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Le 11 février 2026, au 459 West 15th Street à New York, Collina Strada a présenté sa collection automne/hiver 2026 sous la direction de Hillary Taymour. Un défilé inscrit au calendrier officiel de la New York Fashion Week, mais pensé moins comme un spectacle que comme une mise en tension : comment continuer à produire des vêtements quand l’époque semble s’épuiser ?

La réponse de Taymour ne tient pas dans un slogan, mais dans une liste de matières. Dentelle et crêpe de Chine issus de deadstock pour la robe Lestat d’ouverture. Chiffon « Washed Meadow » pour les robes Plume. Satin deadstock chocolat pour les silhouettes Valerian. Rayonne tortoise pour l’Athena Dress. Coton biologique pour les tee-shirts Joel et Claudia. Suiting recyclé pour les pantalons Hazel, Waterlily ou les manteaux Pawpaw. À chaque look, un matériau nommé, identifié, souvent détourné d’un stock dormant. La collection devient inventaire.

La Rigueur du Geste, chez Collina Strada, passe d’abord par l’approvisionnement. La mention répétée du deadstock n’est pas cosmétique : elle suppose un travail de sourcing irrégulier, des métrages limités, des patronages adaptés à la contrainte plutôt qu’à l’abondance. Les organzas « Chocolate Painted Plaid » ou « Hollow Blossom » composent des manteaux Wolverine et Pawpaw aux volumes amplifiés, mais construits à partir de textiles existants. L’exigence se loge dans cette capacité à créer de la silhouette sans commander de rouleaux neufs.

La collaboration avec BioFluff introduit une autre couche technique. Savian, matière annoncée comme 100 % végétale, sans plastique ni OGM, associe fibres végétales et savoir-faire italien. Intégrée dans les manteaux et étoles Valerian, elle remplace la fourrure animale par une bio-matière développée pour le secteur du luxe. Ici, la question n’est pas l’effet visuel — une texture dense, presque pelucheuse — mais la chaîne de valeur : biotechnologie, fabrication italienne, traçabilité revendiquée.

Le Soft Power de la collection s’incarne dans ces alliances. Les sacs et lunettes réalisés avec Stand Oil — Wave Knot Bag en cuir de cactus « Butter » ou noir, Baguette Bag en satin recyclé — signalent un dialogue entre New York et Séoul. Stand Oil, marque coréenne inspirée d’un médium pictural destiné à faire durer la couleur dans le temps, trouve chez Collina Strada un terrain d’expérimentation durable. Même logique pour les chaussures développées avec KEEN ou les sneakers en collaboration avec Converse, maison fondée en 1908 et aujourd’hui filiale de Nike : injecter des codes outdoor ou heritage dans une silhouette de défilé.

La collection multiplie les couches translucides — organza, mesh en soie, chiffon — comme une protection légère plutôt qu’une armure. Les cols montants, les capuches en fleece deadstock, les leggings thermiques « Ditsy Daisy Waffle » traduisent une volonté d’abri. Non pas fuir le monde, mais en négocier les conditions d’entrée.

Collina Strada est produite à New York, et cette localisation reste centrale. Dans un paysage américain où la relocalisation manufacturière demeure marginale face à l’Asie, maintenir une fabrication new-yorkaise relève d’un choix politique autant qu’esthétique. La maison ne se contente pas d’afficher une conscience ; elle structure son modèle autour d’une transparence annoncée et d’une production locale.

Au premier rang, des figures de la musique, du cinéma et de l’activisme — JT, Tove Lo, Tommy Dorfman, Ella Emhoff — mais la scène importe moins que l’atelier invisible. La collection s’intitule « The World is a Vampire ». On pourrait y lire une métaphore gothique. On y voit surtout une tentative d’économie circulaire, où l’on compose avec ce qui reste, où l’on transforme des stocks dormants en manteaux d’organza et des fibres végétales en fourrure alternative.

Dans un calendrier saturé, Collina Strada choisit la répétition des matières plutôt que la fuite en avant. La durabilité n’est plus un thème, mais une contrainte intégrée au patron. Et si le monde épuise, la réponse n’est pas le retrait : c’est la coupe.

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