Home Food and WineVins et SpiritueuxVictorine de Chastenay : L’affranchissement du Crémant de Bourgogne

Victorine de Chastenay : L’affranchissement du Crémant de Bourgogne

by pascal iakovou
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Il a longtemps existé une hiérarchie tacite dans le monde de l’effervescence, où le Crémant de Bourgogne peinait à s’extraire de l’ombre portée par son voisin champenois. Pourtant, une mutation silencieuse s’opère dans les caves de la Côte d’Or, portée par une volonté de revendiquer non plus une ressemblance, mais une identité de terroir. C’est le signal qu’envoie cette année la maison Victorine de Chastenay avec une refonte globale de son identité visuelle, dévoilée en 2025. Loin du simple toilettage cosmétique, ce nouvel habillage acte le passage d’une consommation d’opportunité à une dégustation de choix.

L’intérêt de cette signature réside dans son origine : elle est l’émanation de Nuiton-Beaunoy, l’unique cave coopérative de la Côte d’Or. Ce statut singulier lui confère un accès privilégié à une mosaïque de parcelles, permettant une précision d’assemblage souvent inaccessibles aux petites structures isolées. La rigueur technique s’exprime pleinement dans la cuvée Extra-Brut Millésimé 2017. Là où la norme de l’appellation se contente de durées d’élevage plus courtes, ce vin a patienté 48 mois sur lattes. Ce temps long, indispensable à l’autolyse des levures, confère au vin une texture ciselée et des notes complexes d’amande et d’épices, éloignant le spectre des bulles agressives ou trop vertes.

La gamme explore également les spécificités ampélographiques de la région. Le Blanc de Blancs, labellisé « Éminent » (garantissant un élevage de 24 mois minimum), ne se contente pas du Chardonnay ; il réintègre l’Aligoté, cépage historique longtemps déclassé mais dont la vivacité naturelle apporte ici une colonne vertébrale nerveuse et saline. Le Rosé, quant à lui, reste fidèle au Pinot Noir, travaillant sur la finesse du fruit rouge plutôt que sur la puissance vineuse.

En maintenant un dosage contenu (inférieur à 12g/L pour l’ensemble, et structurellement plus bas pour l’Extra-Brut), Victorine de Chastenay s’aligne sur l’esthétique contemporaine des vins de Champagne de vigneron : la recherche de la pureté et de la minéralité. Avec des prix qui demeurent déconnectés de l’inflation spéculative des grandes marques (entre 10 et 14 euros), ces crémants posent une question pertinente au consommateur averti : celle de la valeur réelle du contenu face au prestige de l’étiquette.

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