Il est des maisons qui ne construisent pas des collections, mais qui exhuments des archives pour en faire des manifestes. P. Le Moult est de celles-là. Loin des rythmes effrénés de l’industrie, la marque viennoise d’origine française continue de creuser le sillon singulier d’une anthropologie vestimentaire. Pour le Printemps-Été 2026, avec la collection « Océan », Praline Le Moult déplace le curseur de l’exploration : l’héritage de son arrière-grand-père, le célèbre entomologiste Eugène Le Moult, quitte la moiteur des jungles équatoriales pour affronter l’horizon maritime.
Ce glissement géographique ne trahit pas l’ADN de la maison ; il le purifie. Praline Le Moult, formée à la scénographie à la Saint Martins de Londres et aux Beaux-Arts de Paris, n’aborde pas le vêtement comme une fin en soi, mais comme un costume pour le théâtre du quotidien. La collection « Océan » réinterroge les archétypes du vêtement fonctionnel — la vareuse, le pantalon de pont, la chemise de travail — pour les délester de leur rudesse utilitaire sans leur ôter leur structure. C’est une vision du vêtement-outil devenu vêtement-refuge, une armure souple pensée pour le voyage immobile ou la traversée réelle.
La force de la proposition réside dans cette approche unisexe et atemporelle, héritée du trousseau d’Eugène. À l’époque, le chasseur de papillons ne portait pas de la « mode », mais des pièces conçues pour l’action, la résistance et le mouvement. Praline Le Moult, en digne héritière, conserve cette rigueur du patronnage : chaque couture, chaque emmanchure est pensée pour libérer le corps, que ce soit pour manier un filet à papillons ou, plus prosaïquement aujourd’hui, pour habiter un bureau ou une maison de vacances.
En définissant ses créations comme des « réceptacles de mémoire », la créatrice souligne une dimension souvent absente du prêt-à-porter contemporain : la capacité du textile à raconter une histoire avant même d’être porté. Avec « Océan », P. Le Moult ne propose pas simplement une esthétique balnéaire ; la marque offre une continuité narrative, reliant le geste de l’aventurier du début du XXe siècle à l’élégance désinvolte du citadin moderne. C’est un luxe de la permanence, où le vêtement n’est pas un marqueur social, mais un compagnon de route.












