Home VoyagesThe Fife Arms, quand les Highlands deviennent territoire de contemplation

The Fife Arms, quand les Highlands deviennent territoire de contemplation

by pascal iakovou
0 comments

Au cœur du parc national des Cairngorms, l’hôtel des galeristes Iwan et Manuela Wirth dévoile Highland Healing, une offre hivernale qui conjugue observation des étoiles, soins aux herbes sauvages et immersion dans l’un des derniers ciels noirs d’Europe. Une invitation à habiter le silence.

Il y a dans le village de Braemar quelque chose qui tient du secret bien gardé. À deux heures d’Édimbourg, au creux des Cairngorms — le plus vaste parc national de Grande-Bretagne — cette bourgade de 450 âmes a longtemps vécu dans l’ombre de son illustre voisine, Balmoral. La reine Victoria y venait chasser. Robert Louis Stevenson y posa les premières lignes de L’Île au trésor. Puis le temps passa, et le Fife Arms — ancien relais de poste édifié en 1856 — s’endormit doucement.

Son réveil, en 2019, porte la signature d’Iwan et Manuela Wirth, fondateurs de la galerie Hauser & Wirth. Les galeristes suisses, installés dans la région depuis plusieurs années, ont transformé l’établissement en un objet singulier : 46 chambres, plus de 16 000 œuvres et antiquités, un Picasso dans le lobby, une aquarelle de la reine Victoria accrochée sans cérémonie, et au plafond du salon, une fresque monumentale de Zhang Enli inspirée des cristaux de quartz des Cairngorms. L’art n’y est pas exposé mais habité.

L’offre Highland Healing, proposée du 2 janvier au 31 mars, s’inscrit dans cette philosophie du lieu vécu plutôt que visité. Le programme tient en quelques gestes : une marche nocturne guidée par un ghillie — ces gardiens des terres écossaises dont le rôle remonte aux chefs de clan — pour observer les étoiles ; un massage aux herbes sauvages cueillies aux abords de l’hôtel ; un dîner dans la Clunie Dining Room, où le chef Timothy Kensett cuisine au feu de bois les produits des fermiers et pêcheurs du Deeside.

La nuit, ici, n’est pas un simple intervalle entre deux jours. Le parc des Cairngorms abrite l’un des rares ciels classés « Dark Sky » au monde — une certification internationale qui reconnaît l’absence quasi totale de pollution lumineuse. Les nuits d’hiver, lorsque l’air se fait sec et cristallin, la Voie lactée se déploie avec une netteté que les citadins ont oubliée. Et parfois, les aurores boréales — les « Mirrie Dancers » du dialecte local — viennent danser au-dessus des collines. Le parc se situe à la même latitude que la Norvège et l’Alaska : le spectacle n’a rien d’impossible.

Le ghillie qui guide la marche nocturne perpétue une tradition séculaire. Le terme vient du gaélique gille, « serviteur », mais la fonction a dépassé depuis longtemps la simple domesticité. Le ghillie connaît chaque pli de terrain, chaque rivière, chaque comportement animal. John Brown, le célèbre confident de Victoria, commença comme ghillie du prince Albert à Balmoral dans les années 1850. Aujourd’hui, ces hommes et femmes de la terre guident les visiteurs à travers un paysage qu’ils lisent comme d’autres lisent des cartes.

La journée, le spa Albamhor propose un massage de 55 minutes pensé selon les traditions locales. Les herbes sauvages des Highlands — bruyère, myrte des marais, genévrier — y sont utilisées non comme argument marketing mais comme matière première logique, celle que le territoire offre. L’écharpe en collaboration avec la créatrice Jane Carr, incluse dans l’offre, relève de la même cohérence : un objet utile, fabriqué pour le lieu.

Artfarm, la branche hôtelière des Wirth, pilotée par Bee Emmott, développe depuis 2014 une vision de l’hospitalité où chaque établissement s’ancre dans son territoire plutôt que de lui imposer un style importé. Le Roth Bar & Grill du Somerset, le restaurant Manuela de Los Angeles, le Fish Shop de Ballater : chaque adresse dialogue avec son environnement immédiat. Au Fife Arms, les tartans ont été dessinés par Araminta Campbell, native du Royal Deeside. Les portraits du pub The Flying Stag représentent les habitants du village. Le jardin bordant la Clunie a été repensé par la paysagiste Jinny Blom avec des essences locales.

Le prix de l’offre Highland Healing varie selon la chambre et les dates — comptez à partir de 500 euros pour deux nuits minimum. Le séjour inclut l’exploration nocturne accompagnée de chocolat chaud ou de whisky, un dîner, une dégustation au Bertie’s Bar ou un afternoon tea dans la Drawing Room, l’écharpe Jane Carr et le massage. Ce qui n’est pas inclus, et qui constitue peut-être l’essentiel : le temps suspendu d’une nuit passée à lever les yeux vers un ciel que rien n’obscurcit.

Dans un secteur où le bien-être se décline souvent en prestations standardisées et en vocabulaire emprunté à l’Orient, Highland Healing propose autre chose : la redécouverte d’un rapport au monde où l’obscurité n’est pas une absence mais une présence, où le silence des collines constitue le soin véritable. Les Wirth, en collectionneurs avisés, savent que certaines expériences ne s’accumulent pas — elles se vivent, puis se gardent.

Related Articles