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John Lobb AH26 : L’épaisseur du pas

by pascal iakovou
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Il est rare qu’une maison de Northampton, gardienne du temple du « Bespoke », s’aventure sur le terrain de la contre-culture avec autant d’aisance technique. Pour l’Automne-Hiver 2026, John Lobb ne se contente pas de dérouler son répertoire classique ; la manufacture opère un glissement sémantique où la robustesse de la construction devient un propos esthétique à part entière. Loin de l’interprétation littérale du gentleman farmer, cette collection explore la « Britishness » par ses marges : l’aviation, la scène Ska des années 80 et l’alpinisme d’après-guerre.

La mutation de l’icône : Le William New Standard

La double boucle William, pilier architectural de la Maison, subit cette saison une transformation structurelle. Rebaptisée William New Standard Jumper, elle quitte les parquets des cercles privés pour le tarmac, s’inspirant directement de l’équipement de l’aviation britannique. Ce n’est plus un soulier de ville, mais une botte dont la tige remonte pour protéger la cheville, montée sur une semelle en gomme crantée qui ancre la silhouette dans le sol. La version « patchwork » pousse l’exercice plus loin, juxtaposant différentes finitions de cuirs sur une même empeigne, un défi d’assemblage qui requiert une précision de coupe chirurgicale pour maintenir l’intégrité du chaussant.

L’ingénierie de l’hiver : Sommet et Highland

La réponse aux climats rigoureux ne passe pas par le synthétique, mais par le retour aux archives techniques des années 1950. Le modèle Sommet réactive la mémoire de la botte de montagne avec une trépointe norvégienne crantée. Ce type de montage, visible par sa couture extérieure tressée, n’est pas décoratif : il assure l’étanchéité de la jonction entre la tige et la semelle.

Dans la même logique, la botte Highland emprunte les codes de la botte de pluie anglaise (Wellington) mais les ennoblit par un cuir ciré destiné à se patiner. Doublée de laine, elle oppose à l’humidité urbaine une barrière organique. Ici, le luxe réside dans la capacité du matériau à vieillir et à s’embellir sous la contrainte des éléments.

Le Soft Power du « Creeper »

L’incursion la plus surprenante réside sans doute dans la révision du derby Smith. En l’équipant d’une semelle esprit « creeper », la Maison John Lobb cite explicitement l’esthétique rock et Ska britannique. C’est une hybridation culturelle : la forme classique du derby est « dérangée » par une plateforme qui modifie la démarche et l’attitude. Le modèle Smith Chukka accentue cette théâtralité avec des pampilles amovibles aux proportions volontairement exagérées, prouvant que l’humour anglais peut aussi s’exprimer par le cuir.

À l’opposé de ce spectre, le modèle Atrium propose une lecture minimaliste de la chaussure de smoking. Épurée à l’extrême, cette silhouette « soft » rappelle que chez John Lobb, le confort n’est jamais une option, mais le point de départ du dessin.


Détail Technique : Le Cousu Norvégien Mentionné pour les modèles Sommet et Highland, le cousu norvégien est une technique de montage complexe, initialement destinée aux chaussures de travail et de montagne. Contrairement au cousu Goodyear où la couture est dissimulée, le norvégien relie la tige à la semelle par une couture visible (souvent tressée) qui bloque l’entrée de l’eau. Il confère au soulier une robustesse exceptionnelle et une étanchéité supérieure, tout en permettant le ressemelage.

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