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LLOSA FW26 : l’uniforme comme architecture mobile

by pascal iakovou
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Avec FW26 – L(IFE) Layers, LLOSA poursuit une recherche déjà engagée : penser le vêtement non comme un signe, mais comme une structure. Une garde-robe conçue par strates, où la fonction précède l’effet et où le confort devient une donnée architecturale.

La collection s’organise autour d’une idée simple, presque radicale : l’uniforme contemporain. Non pas l’uniformisation, mais la répétition maîtrisée de formes pensées pour durer, se superposer et s’adapter. Dès les premières pages du lookbook, la posture est claire : volumes amples mais contenus, lignes allongées, silhouettes enveloppantes qui protègent sans contraindre .

LLOSA articule FW26 autour de trois pôles précis. Le premier relève d’un sportswear futuriste sculptural. Les pièces en fleece japonais — denses, mates, à la surface nette — dessinent des volumes « cocon ». Le vêtement isole, absorbe, amortit. Rien de décoratif ici : la rondeur est une réponse directe à la notion de protection.

Le second pilier est celui d’un tailoring épuré mais audacieux. Les manteaux longs, ensembles à jambes larges et capes structurées rappellent un vestiaire formel étiré, presque déconstruit. Les proportions sont volontairement généreuses, mais jamais flottantes. Les tissus — frescos et flanelles de laine italiennes — apportent tenue et tombé, permettant à la silhouette de rester lisible malgré l’ampleur .

Enfin, la collection intègre un techwear ultra-dessiné, fonctionnel avant tout. Le nylon intervient comme une réponse technique : légèreté, mobilité, résistance. Les coupes privilégient l’ergonomie, les détails sont pensés pour l’usage réel. On ne parle pas ici de performance sportive, mais d’adaptation quotidienne à un environnement mouvant.

La cohérence de FW26 tient aussi à son travail de matières. LLOSA développe ses propres textiles — plissés et jacquards — utilisés comme signatures de relief plutôt que comme ornements. Le contraste des mains est central : sec contre duveteux, lisse contre structuré. Le vêtement se lit autant au toucher qu’à l’œil.

La palette chromatique s’inscrit dans cette rigueur. Des neutres architecturaux — sable, crème, noir, gris moyen, beige — structurent l’ensemble. Un bordeaux profond vient ponctuer certains looks, non comme accent décoratif, mais comme point de tension visuelle. La couleur n’adoucit pas : elle densifie .

Les silhouettes, pensées comme modulaires, imposent un rapport différent au corps. Les pièces sont conçues pour être empilées, portées ensemble, ajustées selon le contexte. Capes et manteaux deviennent des éléments centraux, jouant l’enveloppe et la protection. Les accessoires — couvre-chefs, cols hauts — prolongent cette idée d’armure douce, une protection sans rigidité.

FW26 ne raconte pas une histoire au sens narratif. Elle propose un système. Une garde-robe comme infrastructure personnelle, entre désert et mégalopole, entre tailoring moderne et imaginaire science-fiction discret. LLOSA ne cherche pas à séduire par l’effet, mais à convaincre par la construction. Dans un paysage de collections souvent bavardes, L(IFE) Layers impose le silence comme méthode et la précision comme langage.

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