Alors que Séoul se fige sous les vents glacés, la Maison Wooyoungmi interroge la mémoire de l’élégance ferroviaire pour structurer un vestiaire où la protection thermique devient un acte de distinction culturelle.
L’architecture du froid
L’exercice stylistique de Madame Woo pour cette saison froide prend racine dans une archive précise : l’inauguration du Gyeongin, premier chemin de fer de la nation, marquant l’entrée dans une ère de mobilité élégante. Cette influence se traduit par une silhouette suspendue entre la rigueur de l’époque édouardienne et le relâchement maîtrisé des décennies soixante et soixante-dix. Le vêtement n’est plus seulement une barrière contre les éléments, il devient une structure : des blazers constrictifs côtoient des manteaux Chesterfield en laine dont les revers en astrakhan synthétique rappellent les silhouettes qui foulaient autrefois les quais embrumés de vapeur.
Cette tension entre le raffiné et l’élémentaire s’exprime dans des choix de matières radicaux. Le velours luxuriant et les tissus héritage encadrent le buste, tandis que des pièces traditionnellement perçues comme extérieures — gilets et plastrons — se font plus proches du corps, presque anatomiques. L’influence nomade s’immisce dans les détails techniques : des pantalons équestres dotés de poignets de cheville boutonnés et des jeans doublés de peau lainée, apportant une réponse concrète aux exigences du climat sud-coréen.
Détail technique La collection réinterprète les motifs dancheong — traditionnellement réservés à l’ornementation des temples coréens — pour les transposer sur des mailles nordiques classiques, créant un dialogue visuel entre spiritualité locale et vêtements de climat froid.
Une élégance de la protection
L’accessoirisation radicalise ce propos. Les cols hauts, transpercés de barres métalliques argentées ornées de pendentifs logos, agissent comme des armures urbaines, complétées par des gants d’opéra en cuir matelassé et des chaussures de randonnée en cuir glacé. La Maison ne se contente pas de convoquer le passé ; elle injecte une énergie « clubbing » via des jupes et robes en soie coupées en biais, évoquant le glamour des années trente sous d’épais manteaux protecteurs. Les sacs à main à poignée supérieure en cuirs embossés exotiques finissent de dessiner cette figure de voyageur intemporel, transportant avec lui les codes d’un âge d’or ferroviaire dans le flux du métro contemporain.
En réimaginant les paysages de pagodes palatiales enneigées sur des foulards de soie, Wooyoungmi ne livre pas une collection de mode, mais une étude sur la persistance du style face à l’hostilité du climat. Le mouvement est ici souverain, cadencé par une bande-son qui échantillonne les chants traditionnels beompae et hwacheong passés au filtre des polyphonies byzantines.
Le vestiaire d’hiver quitte ainsi sa fonction de simple utilité pour redevenir un apparat de voyage, une parure nécessaire pour affronter la traversée, qu’elle soit géographique ou temporelle.















































