Pour sa première collection féminine à la tête de la création, Rachel Scott ne cherche pas à réinventer la femme Proenza Schouler, mais à la surprendre en flagrant délit de vie. Loin de la posture statique, cette saison Automne 2026 définit une nouvelle garde-robe pour une New-Yorkaise « mortellement ponctuelle », dont l’allure trahit pourtant une hâte vitale.
L’esthétique de la friction
Le vêtement ici ne contraint pas, il suit l’accident du mouvement. L’architecture des pièces intègre le désordre : des robes aux drapés légèrement froissés, des jupes qui pivotent sur le corps pour se boutonner dans le dos, suggérant un habillage précipité. Cette silhouette, marquée par des tailles tronquées et des jambes allongées, refuse la perfection figée. Elle impose une « friction contrôlée », visible jusque dans les franges interrompues à mi-coupe, refusant la fluidité trop évidente au profit d’une rupture visuelle.
Textile : Le chaos stabilisé
La rigueur technique de la Maison s’applique à déconstruire les surfaces. La soie habotai subit un traitement violent : froissée, plissée puis contrecollée (bonded), elle acquiert une main irrégulière qui conserve la mémoire du geste tout en maintenant une tenue architecturale. Cette complexité se retrouve dans les mailles, où les techniques de mouliné et de chiné intègrent des fils imprimés directement dans la trame. Le résultat trouble la netteté des bords, créant une vibration optique qui floute les contours d’une coupe pourtant chirurgicale.
Le Détail : L’orchidée argentique Le motif de l’orchidée de nuit n’est pas un simple imprimé floral. Travaillé à partir d’images photographiques manipulées numériquement, il conserve ses bordures de pellicule (film-like borders) et les traces de son processus de développement. Appliqué sur des cuirs peints à la main, il matérialise la rencontre entre la précision digitale et l’imperfection artisanale.
Les accessoires comme ancrage
Si la silhouette file, l’accessoire ancre. Le sac Hex, figure d’archive de la Maison, est réinterprété dans une collision de matières : poil de poulain, daim cachemire et cuir de veau français. Aux pieds, la tension persiste entre confort et contrainte, avec des sandales en satin dotées de semelles intérieures en peau lainée (shearling), côtoyant des escarpins aux bouts carrés exagérés.
L’atmosphère sonore signée Shida Shahabi a souligné cette narration d’une femme « cinématique » , consciente des attentes du monde mais refusant d’y acquiescer.











































