Au Collège des Bernardins, école cistercienne du XIIIe siècle, IM MEN a présenté le 22 janvier une collection fondée sur une contrainte : tout naître d’un unique rectangle de tissu. La réponse dépasse la rhétorique du minimalisme.
La question de départ est d’une franchise rare dans le paysage du prêt-à-porter masculin contemporain : un simple morceau de tissu peut-il, à lui seul, contenir une silhouette ? Non comme provocation conceptuelle, mais comme protocole de fabrication réel. C’est de cette discipline que naît FORMLESS FORM, la collection Automne Hiver 2026/27 de la Maison IM MEN — filiale mode de Issey Miyake Inc.
Le tissu qui se contracte
La série CLAY repose sur une étoffe composite : une partie plane associée à une structure proche du tricot côtelé qui se contracte sous l’effet de la chaleur. Ce comportement thermique permet de construire des volumes que le patronage conventionnel, travaillant sur du tissu plat et inerte, est incapable de générer. Le résultat : des silhouettes sculpturales dont la tenue ne dépend d’aucune doublure, d’aucune armature. La chaleur du corps lui-même finit le travail de coupe.
Kasuri : le dessin du décalage
La série KASURI convoque une technique de tissage japonaise traditionnelle : des fils partiellement teints sont disposés sur le métier avant le tissage, de sorte que leurs décalages progressifs lors de l’assemblage créent des motifs linéaires irréguliers — jamais deux métragés strictement identiques. Quatre types de fils sont utilisés : l’un teint en trois couleurs, trois autres en nuances variables. La veste et le pantalon asymétriques sont découpés dans un seul rectangle de tissu, sans gaspillage de surface, avec un drapé résultant de la structure même de l’étoffe plutôt que d’un travail de couture supplémentaire.
La lisière comme signature
La série SELVEDGE WOOL, produite intégralement à Bishu — région de la préfecture d’Aichi reconnue pour l’intégration verticale de sa filière lainière, du filage à la finition — porte le nom « IM MEN » tissé directement le long de la lisière du tissu. Ce détail n’est pas décoratif : il documente l’origine et délimite littéralement les bords à partir desquels les pièces sont construites. Une fois porté, le vêtement révèle un drapé organique que seule la structure du tissu explique.
La teinture comme cartographie
DAWN et GRADATION WOOL partagent une logique de teinture par imprégnation individuelle de chaque rouleau de tissu — chaque pièce produit ainsi un dégradé unique, non reproductible à l’identique. Les nuances de DAWN évoluent sur trois couleurs sur une seule longueur ; les zips latéraux de GRADATION WOOL permettent de dissocier ou d’assembler veste et combinaison en deux-pièces. Dans les deux cas, la couleur n’est pas appliquée : elle est inhérente à la matière.
DÉTAIL
Le Collège des Bernardins, fondé en 1245 par Saint Louis pour accueillir les étudiants cisterciens de l’Université de Paris, constitue l’un des rares exemples de gothique civil médiéval conservé à Paris. Sa grande nef en triple vaisseau offre une acoustique particulière et une verticalité sobre. Ce choix de lieu — ni showroom, ni galerie contemporaine — situe d’emblée la démarche de la Maison dans une temporalité longue.
Ce que IM MEN propose avec cette collection n’est pas un retour au principe de la pièce unique, mais une interrogation plus radicale sur ce que le tissu sait faire sans l’aide du ciseaux. Si la technique kasuri exige un alignement précis des fils avant tout tissage, et si la contraction thermique de CLAY s’active au contact du corps, alors le vêtement finit de se construire au moment même où il est porté. La Maison laisse ouverte la question de savoir jusqu’où cette logique peut aller.
































