Ralph Lauren ouvre son Automne 2026 avec une declaration qui resonne comme une boussole plus que comme un slogan: il dit aimer « l’aventure de la mode » et imaginer une femme qui prend les pieces du passe, les respecte, puis les reprogramme pour aujourd’hui.
Dans le texte, tout se joue sur une tension tres nette: douceur et force. Et, pour une fois, ce n’est pas une formule vide. Le vestiaire est pense comme un dialogue entre un tailleur structure et des courbes plus sensuelles, avec un sportswear qui vient mettre un peu de grit dans la politesse. La silhouette dominante est longue, nonchalante, parfois coupee par des ourlets plus courts. Souvent, une ceinture imposante vient « poser » la taille, comme si la collection avait besoin d’un point d’ancrage physique, pas seulement stylistique.
Les pantalons aussi se placent sur deux extremes: tres moulants ou larges, ces derniers plisses ou en forme incurvee (barrel). C’est un detail interessant car il raconte une feminite qui refuse de choisir entre la ligne et l’aisance. Et Ralph Lauren pousse l’idee de l’illusion, quand il prend un territoire attendu (le tailoring) et le deplace dans une matiere inattendue: un tweed Donegal texturé, reimagine en cachemire tricote qui suit le corps. Ailleurs, un concept simple devient plus audacieux: un pull epais a broderie florale « demesuree » rencontre un pantalon en jacquard de soie fleuri. Ce sont des collisions volontaires, presque des montages, mais qui restent dans une grammaire Ralph.
Le coeur « rebelle » du propos arrive avec des touches de corsetterie, des cottes de mailles (ou plutot des versions de resille concues pour en donner l’illusion), et des epaules marquees par moments. Pas de fetish ostentatoire ici, plutot une maniere de donner de la structure et du relief au geste, comme si la femme Ralph Lauren avait envie d’un peu d’armure, mais portable. La palette annoncee reste riche, terreuse, mais lacee de broderies aux tons metalliques, ce qui garde la silhouette lumineuse sans la rendre clinquante.
L’outerwear, lui, prend une place de premier plan. Le texte cite des manteaux double boutonnage a carreaux (windowpane) en laine, parfaitement coupes, et des grands manteaux en cuir texturé qui balayent le sol. Il y a aussi des vestes volontairement « defaites », portees ouvertes, dont une en cuir patine a la main. Et, dans un geste plus narratif, une veste en peau lainée imprime leopard, avec un dos structure en bulle, obtenu par une couche de crinoline cachee. C’est un detail tres couture dans l’idee: la structure n’est pas un effet d’epaule, c’est un volume construit, presque architectural, dissimule sous une piece qui a l’air instinctive.
La collection revendique plus de cinquante matieres realisees specialement: tweeds, velours, jacquards, broderies, imprimés foulards, cuirs et peaux lainées. Parmi les exemples donnes, une veste courte reversible passe d’une laine a une surface metallisee craquele; une autre veste en velours jacquard avec motif de plumes est associee a un pantalon en flanelle stretch. Une robe en velours de soie couleur chardon, avec empiècement smocke a la main et orne de perles, voit sa feminite « challengee » par une veste oversize a chevrons. Et le soir, l’artisanat devient une methode: robe fourreau a col montant couverte de micro-paillettes, surimprimee de velours floque; robe dos nu dont le velours demande une double teinture (marron puis bleu fonce) pour obtenir une luminescence specifique; et un haut qui cumule plusieurs etapes de travail a la main (broderie sequins et fils, peinture, applique de bandes de cuir, franges en perles de verre).
Les accessoires, enfin, « posent » le personnage. Bottes d’equitation et pantoufles en velours brode viennent ancrer les looks. Le sac Ralph se declinent, avec mention du Tote et d’un nouveau Mini Crossbody. Et une nouveaute: la pochette Deco Lock, avec poignee-chaine qui se pose sur la main « comme un bracelet », reprenant les accents metalliques de la collection. On est sur un detail d’usage, presque un bijou utilitaire, qui colle bien a l’idee d’un pragmatisme chic.
Au fond, cet Automne 2026 raconte une femme qui veut que ses vetements fonctionnent, mais qu’ils provoquent aussi une petite acceleration interne. Ralph Lauren ne vend pas une rupture, il vend une contradiction tenue, assumee, et c’est souvent la definition la plus credible du style.


















































































