Le vin est souvent affaire d’immobilité : celle des fûts dans le chai, celle des bouteilles en cave, celle de la table dressée. Pourtant, l’expérience de la dégustation appelle parfois le mouvement, l’échappée belle, le désir d’emporter avec soi une part de terroir. C’est cette friction entre l’ancrage de Pauillac et la mobilité contemporaine que Château Haut-Batailley explore avec « Nomade », un objet de maroquinerie qui ne se contente pas de transporter, mais qui ritualise l’ouverture.
Conçu en collaboration avec l’Atelier Dahu, artisan maroquinier bordelais, cet étui de dégustation est pensé comme un écrin technique. Le choix du cuir, matière vivante qui se patine comme un grand vin se bonifie, n’est pas anodin. Il abrite un instrument précis : le tire-bouchon bilame. Contrairement à la mèche classique qui perce, le bilame se glisse le long du verre et du liège, permettant d’extraire le bouchon sans le blesser. Ce détail, bien connu des collectionneurs de vieux millésimes, souligne ici une philosophie du respect et de l’intégrité de la bouteille, où que l’on soit.
L’objet a été imaginé pour dialoguer avec le millésime 2019, surnommé « Blue Velvet ». Si l’année fut marquée par des contrastes climatiques forts — un hiver sec, un été caniculaire sauvé par des pluies opportunes fin juillet — le résultat dans le verre est d’une cohérence tactile surprenante. Dominé à 76% par le Cabernet Sauvignon, ce Grand Cru Classé déploie une trame tannique serrée mais polie, évoquant la texture du velours. La fraîcheur aromatique, caractéristique inattendue pour une année solaire, répond à la minéralité des graves fines garonnaises sur lesquelles repose le vignoble.
En proposant cet accessoire, la propriété, passée sous le giron de la famille Cazes en 2017, réaffirme sa vision d’un luxe pragmatique. Haut-Batailley, symbolisé par sa Tour l’Aspic et sa Vierge foulant le serpent, a toujours cultivé une part de romantisme mystique. Avec « Nomade », le mythe descend de son piédestal pour s’inscrire dans le réel. Ce n’est plus seulement le vin qui voyage, c’est le cérémonial de sa dégustation qui devient portatif, transformant n’importe quel lieu en une annexe éphémère de Pauillac.














