Dans une économie du vin souvent dictée par la rotation rapide des millésimes, le temps long est devenu le luxe ultime. C’est ce pari de la lenteur qu’a fait la Maison Langlois pour célébrer son 140ème anniversaire. En dévoilant Cadence, un Crémant de Loire millésimé 2004, l’institution saumuroise ne se contente pas de marquer une date ; elle pose un manifeste sur le potentiel de garde du Chenin, défiant les standards habituels de l’effervescence ligérienne.
La singularité de cette cuvée réside dans son élaboration statique : vingt années de sommeil sur lies. Ce choix œnologique radical transforme la structure même du vin. Loin de l’immédiateté fruitée des crémants jeunes, ce repos prolongé dans les caves de tuffeau permet au phénomène d’autolyse — la dégradation des levures — de complexifier la matière, apportant ces notes patinées, briochées et minérales que l’on associe généralement aux grands champagnes millésimés. Récoltés en 2004 sur le Clos Saint-Florent, parcelle historique surplombant la Loire, les raisins ont bénéficié de la régulation thermique naturelle du fleuve, garantissant une acidité vertébrale capable de traverser deux décennies sans s’effondrer.
Le format choisi, le magnum, n’est pas anodin. Il est techniquement reconnu pour offrir le meilleur rapport volume/air, ralentissant l’oxydation et favorisant un vieillissement harmonieux. Limité à 100 exemplaires numérotés, ce tirage confidentiel a été dégorgé en 2025, livrant un vin « Extra Brut » qui ne triche pas avec le sucre. La démarche s’accompagne d’une réflexion sur l’objet, présentée dans un écrin qui revendique « l’Art de la simplicité », une philosophie qui semble guider la Maison depuis sa fondation en 1885 par Edouard Langlois et Jeanne Chateau.
En proposant cette archive liquide, Langlois rappelle que la Loire n’est pas seulement un terroir de vins de soif, mais une terre de mémoire. Cadence n’est pas simplement un vin d’anniversaire, c’est une démonstration technique : celle qu’un grand Chenin, lorsqu’il est attendu, peut offrir une profondeur émotionnelle que seule la patine du temps sait sculpter.










