L’hiver impose à la table une grammaire particulière, faite de plats mijotés et de saveurs denses, exigeant des vins capables de tenir tête sans jamais s’alourdir. C’est dans cet équilibre précaire que Château Dauzac, Grand Cru Classé de Margaux en 1855, déploie sa partition de fin d’année. Loin de se reposer sur la seule noblesse de son classement, la propriété de Labarde continue d’affiner une approche viticole où la technique s’efface devant la lecture du terroir, proposant pour cette saison trois interprétations distinctes de la rigueur médocaine.
La pièce maîtresse, le Château Dauzac 2021, raconte avant tout une histoire de résilience. Ce millésime, marqué par une climatologie capricieuse — gel, humidité, fraîcheur — a exigé une vigilance de chaque instant. Paradoxalement, c’est cette lutte qui a sculpté l’élégance du vin. Protégées par la proximité thermique de l’estuaire de la Gironde, les vignes (70% Cabernet Sauvignon, 30% Merlot) ont livré une matière d’une pureté rare. La vinification, opérée par gravité pour éviter tout traumatisme du fruit, s’est accompagnée d’un élevage en barriques à « double douelle transparente ». Ce détail technique, loin d’être anecdotique, permet une surveillance visuelle absolue de la fermentation sans soufre, garantissant que l’éclat du fruit — cerise noire, mûre, touche mentholée — ne soit jamais masqué par l’oxydation. En bouche, la texture veloutée rappelle que la puissance d’un Grand Cru réside moins dans sa force de frappe que dans sa longueur.
Avec le Comte de Dauzac 2022, la propriété rend hommage à son histoire politique et aristocratique, celle du Comte Jean-Baptiste Lynch, maire de Bordeaux et figure de l’Empire. Issu de croupes de graves fines et sableuses, cet assemblage dominé par le Merlot (57%) joue une carte plus immédiate, presque tactile. Le millésime 2022, solaire et sec, a concentré les arômes, mais la main de l’homme a su préserver la fraîcheur. C’est un vin de conversation, aux tanins de velours, pensé pour accompagner la richesse d’un magret aux figues ou la terre d’un gratin truffé, prouvant que la complexité peut aussi se faire caressante.
Enfin, Aurore de Dauzac 2022 incarne la modernité d’une « sélection parcellaire ». Ici, on isole une veine géologique spécifique pour laisser parler le Cabernet Sauvignon (63%). Certifiée 100% Vegan — une précision éthique obtenue par un collage aux protéines végétales plutôt qu’au blanc d’œuf — cette cuvée offre une lecture croquante et intense du terroir. Elle s’adresse à une gastronomie d’hiver décomplexée, capable de dialoguer avec un civet comme avec une blanquette, apportant cette vivacité nécessaire pour trancher le gras et réveiller le palais. À travers ces trois flacons, Château Dauzac ne livre pas seulement du vin, mais une démonstration de style : celle d’un luxe qui sait s’adapter aux éléments pour mieux durer.





