Home ModeFashion WeekSteven Passaro FW26: « Ethereal Shift », la fracture comme methode de coupe

Steven Passaro FW26: « Ethereal Shift », la fracture comme methode de coupe

by pascal iakovou
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« We must break to let the light in. » Steven Passaro pose le decor sans effets de manche: pour l’hiver 2026, il travaille l’instant ou ca cede – non pas comme drame, mais comme passage. « Ethereal Shift » s’ecrit comme un rituel de l’habillement, une suite de gestes repetes (superposer, tordre, reconfigurer) jusqu’a ce que la silhouette prenne enfin la place qu’elle n’osait pas occuper.

Dans le texte de collection, tout tourne autour d’une spiritualite sans iconographie – instinctive, ancree dans le corps et dans l’experience vecue – et d’un desir tres contemporain: ralentir, retrouver du sens, se reconnecter. Le risque, avec ce genre de vocabulaire, c’est la brume. Le lookbook, lui, ramene les choses au dur: du tailoring qui se desserre, des volumes qui s’eloignent du corps, et surtout une architecture de revers qui monte haut, comme si la coupe cherchait physiquement une sortie vers le haut.

Ce qui frappe d’abord, c’est la discipline du noir, et la facon dont Passaro le rend vivant par la construction. Le Look 1 installe une ligne longue, presque monacale, un manteau ou pardessus a l’allure nette, porte sur un col haut clair qui agit comme une respiration. SP_FW2026_LOOKBOOK Le Look 2 casse cette serenite avec une piece en cuir brillant, courte, structuree, qui s’oppose a un pantalon denim ample: resistance contre abandon, exactement la tension que le communique revendique entre matieres et mouvements.

Puis vient le jeu des disproportions. Une veste double-boutonnage aux volumes elargis (Look 4) est associee a une jupe ou volume ecru tres ample, presque en corolle, qui fait basculer le vestiaire masculin vers une forme de presence scenique – pas un « gender statement » plaqué, plutot une logique de construction ou le corps n’est plus contenu mais revele par l’accumulation et l’air entre les couches. Dans d’autres images, un grand col plisse type fraise sur costume gris (Look 8) introduit une note quasi ceremonielle: le vetement comme apparat intime, pas comme deguisement.

On retrouve aussi cette idee de rituel dans les details de mise en scene: un univers de studio sobre, des objets rares (banc, console, et surtout une chaise-sculpture creditée « Freedom Chair ») qui donnent au corps un statut d’objet en transformation, pose, deplace, recompose. Et c’est la que Passaro est interessant: il ne « romantise » pas le tailoring, il l’ouvre. Le texte parle de techniques traditionnelles qui rencontrent des constructions contemporaines, avec la main au centre pour faconner volume et forme. Le lookbook confirme une direction: le costume reste la grammaire, mais la ponctuation change (epaules plus presentes, longueurs qui glissent, superpositions qui deplacent la lecture du corps).

Le designer, lance en 2020, revendique une approche durable et l’usage de la 3D, avec des references qui vont de Helmut Lang a Issey Miyake, en passant par Alexander McQueen: trois manieres, chacune a sa facon, d’utiliser la coupe comme langage emotional autant que technique. Ici, l’« intelligence emotionnelle » n’est pas un argument: elle devient une strategie de forme. La fracture n’est pas un motif. C’est une methode.

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