Home ModeFashion WeekL’AGENCE x Google : L’essayage à l’ère générative

L’AGENCE x Google : L’essayage à l’ère générative

by pascal iakovou
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À New York, la Maison fondée par Jeff Rudes ne se contente pas de présenter sa collection Automne 2026. En s’associant à Google, L’AGENCE remplace le miroir par l’algorithme, transformant la présentation de mode en laboratoire de commerce prédictif.

C’est un paradoxe intéressant qui s’est joué ce 11 février à Manhattan. Alors que la direction artistique de la collection Automne 2026 puisait ses références dans la lenteur de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, l’expérience client, elle, basculait dans l’immédiateté du calcul informatique. L’AGENCE, marque reconnue pour son approche californienne du denim et son attitude parisienne, a choisi la Fashion Week pour officialiser une intégration poussée avec les outils de réalité augmentée de Google.

Le Soft Power de l’algorithme

L’installation, qualifiée commercialement de « dream closet », matérialise une tendance de fond : la disparition progressive de la cabine d’essayage physique au profit de la simulation numérique. Concrètement, le dispositif s’appuie sur le modèle de génération d’images par intelligence artificielle de Google. Contrairement aux filtres AR (Réalité Augmentée) classiques qui « collent » un vêtement sur une silhouette, l’IA générative recompose l’image pour prédire le tombé du tissu sur le corps de l’utilisateur.

Cette technologie est alimentée par le « Shopping Graph » de Google, une base de données indexant plus de 50 milliards d’articles, actualisée en continu. Pour Jonny Saven, CEO de la Maison, l’objectif est de réduire la friction entre la découverte visuelle et la projection personnelle. Dix silhouettes de la présentation étaient ainsi disponibles à l’essayage virtuel et à la précommande immédiate, supprimant le délai habituel entre le podium et la garde-robe.

Rigueur du trait et Âge d’Or

Derrière l’écran, la collection « Seduction » réaffirme les fondamentaux textiles de la Maison. Tara Rudes Dann, directrice de la mode, a travaillé une palette sombre et saturée — charbon, olive, merlot — qui sert de fond aux pièces maîtresses de la saison.

L’influence majeure réside dans l’utilisation d’imprimés tapisserie, citant directement l’esthétique de l’Âge d’Or néerlandais. Ces motifs denses contrastent avec des coupes empruntant au vestiaire utilitaire : épaules marquées (« sharp shoulders ») et structures corsetés qui modèlent la silhouette. Le travail du cuir et du velours vient adoucir cette rigueur architecturale. Enfin, le denim, cœur de métier de Jeff Rudes depuis 2008, opère un retour vers les volumes des années 80 avec des coupes à jambes larges, s’éloignant du skinny qui a longtemps dominé le marché.

Ce dialogue entre une inspiration picturale classique et une consommation assistée par intelligence artificielle résume assez bien l’état de la mode en 2026 : un pied dans l’héritage, l’autre dans la data.

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