À Paris, la Haute Couture Printemps/Été 2026 s’ouvre sur une proposition rare, presque métaphysique. Avec The Divine Androgyne, le couturier Gaurav Gupta signe bien plus qu’une collection : une architecture philosophique portée par le corps. Présentée dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture, cette nouvelle œuvre s’inscrit dans la continuité d’Across the Flame (Printemps/Été 2025), tout en franchissant un seuil conceptuel décisif.
Le point de départ est intime, presque anecdotique : un malentendu médiatique ayant qualifié Navkirat Sodhi, partenaire de vie du créateur, de son épouse. Loin d’une simple rectification, cet épisode devient catalyseur d’une réflexion plus vaste sur les cadres binaires imposés aux relations, aux identités et aux énergies. The Divine Androgyne ne questionne pas les individus, mais les structures qui les enferment. Au cœur de la collection, la philosophie indienne de l’Advaita — la non-dualité — considère toute existence comme une unité indissociable .
Chez Gupta, le temps cesse d’être linéaire pour devenir matière, tandis que l’espace se transforme en architecture. Le corps, lui, devient un site de négociation entre anatomie et construction, mémoire et énergie, création et dissolution. Cette vision prend forme à travers une prouesse technique majeure : une architecture de filaments brodés, développée au sein de l’atelier, où des milliers de fils dessinent des réseaux évoquant systèmes nerveux et cartographies énergétiques. Certaines silhouettes jumelles, reliées par des cordons continus, ou encore une robe noire moulante traçant des circuits invisibles sur le corps, ont nécessité près de 700 heures de broderie à la main chacune .
La collection s’aventure ensuite dans une forêt fantasmée où floraison et décomposition coexistent. Une robe de mariée sculptée et une robe-sari intègrent le mogra — jasmin indien — directement dans leur architecture, non comme ornement mais comme structure sacrée. Ici, la mariée devient transformation, et le rituel cède la place à la renaissance. Ces pièces d’exception mobilisent plus de 900 heures de travail et près de 50 artisans par silhouette .
Le dialogue avec le temps culmine dans des robes corsetées constellées de composants horlogers déconstruits — aiguilles, plaques mécaniques, bases argentées — évoquant un continuum où passé, présent et futur fusionnent. Les cristaux, issus d’une collaboration renouvelée avec Preciosa, dépassent les 30 000 unités, apportant une luminosité maîtrisée et cartographiée à la surface des corps .
Cette vision cosmique se prolonge dans la beauté, imaginée par Marieke Thibault pour MAC Cosmetics. Inspiré des points marma, le maquillage cartographie l’énergie sur le visage à l’aide de sphères lumineuses et de textures ultra-réfléchissantes. « Les visages deviennent des surfaces cosmiques, cartographiées par l’énergie », souligne l’artiste maquilleuse, évoquant une beauté fluide, transcendant le genre .
Avec The Divine Androgyne, Gaurav Gupta impose une couture qui ne décore pas le corps, mais le pense. Une couture vivante, en devenir constant, où l’équilibre n’est pas un état figé mais une architecture sensible.

































