Pour l’Automne 2026, Wes Gordon opère un glissement sémantique notable. La femme Herrera ne se contente plus d’assister aux vernissages ; elle les organise. En faisant défiler les figures actives de l’art contemporain, la Maison définit l’uniforme de la puissance culturelle.
C’est une rupture avec la tradition du mannequin anonyme qui s’est jouée ce 12 février au cœur du Meatpacking District. Wes Gordon, directeur artistique de la Maison, a choisi de faire porter sa collection Automne 2026 par celles qui façonnent le marché de l’art actuel. Sur le podium, la peintre Amy Sherald, la sculptrice Rachel Feinstein ou la galeriste Hannah Traore remplacent l’idée abstraite de la muse par la réalité de la praticienne. Ce choix n’est pas anodin : il ancre le vêtement dans une fonction, celle d’une femme en mouvement, dont l’élégance est un outil de travail.
La blouse et la structure
L’esthétique de la collection découle directement de cette posture. La chemise blanche en coton, code fondateur de Carolina Herrera, est ici déconstruite pour évoquer la blouse d’atelier. Elle gagne en volume, libère le mouvement, mais conserve une rigueur chromatique absolue, souvent traitée en noir et blanc.
La construction des pièces emprunte au vocabulaire architectural. Les épaules sont exagérées, les manteaux adoptent des volumes « cocons » protecteurs, et les vestes à manches ballon structurent la silhouette sans l’entraver. On note l’utilisation récurrente de la faille de soie, notamment sur des capes qui citent explicitement l’allure éclectique de Peggy Guggenheim. Ce tissu, à la fois sec et nerveux, permet des lignes nettes qui ne s’effondrent pas, offrant une carapace sophistiquée à celle qui le porte.
L’abstraction textile
Si la palette explore des teintes « céramique », « vert forêt » ou « prune », le travail le plus technique réside dans la réinterprétation textile des œuvres d’art. Wes Gordon cite le travail minimaliste d’Agnes Martin, non pas par une impression littérale, mais par la texture. Une série de robes et de manteaux dorés est construite à partir de paillettes rectangulaires individuelles, assemblées pour recréer la vibration méditative et restreinte des toiles de l’artiste américaine.
Les codes de la Maison sont présents mais traités avec une distance graphique. Le motif léopard est tissé en jacquard, lui donnant un relief et une main que l’imprimé simple ne permettrait pas. De même, les broches « Calla Lily » (Arum) apportent une ponctuation botanique métallique sur des revers de vestes austères.
Soft Power et mécénat
Cette collection s’inscrit dans un écosystème plus large que le simple prêt-à-porter. Elle matérialise l’initiative « Carolina Herrera for Women in the Arts », qui finance des bourses d’études et soutient des expositions, comme Maestras au musée Thyssen-Bornemisza. En habillant Amy Sherald, connue pour son portrait officiel de Michelle Obama , ou Ming Smith, première photographe afro-américaine acquise par le MoMA, Wes Gordon ne cherche pas la validation de la mode, mais celle de l’histoire de l’art.

































































