Quelques jours avant d’affronter le jury du Prix LVMH, Kiichiro Asakawa présentait à Paris une collection qui tourne le dos au spectaculaire. Une leçon de silence et de texture qui puise sa noblesse dans l’ordinaire tokyoïte.
Alors que la liste des demi-finalistes du Prix LVMH 2026 vient de tomber, plaçant ssstein sous les projecteurs mondiaux, la Maison japonaise répond par une collection d’une tranquillité désarmante. Là où l’époque réclame du bruit visuel, Kiichiro Asakawa oppose une « sensibilité émotionnelle » tirée de scènes quotidiennes : un couple âgé dans un parc, la lumière des réverbères sur des feuilles mortes, la banalité rassurante de Tokyo. Ce n’est pas un refus de la mode, mais une réorientation du regard vers ce qui dure.
L’ingénierie du flou
La main d’Asakawa, autodidacte formé à l’école du vêtement vintage chez Naichichi, se lit dans la manipulation obsessionnelle de la matière. La collection Automne-Hiver 2026-2027 ne se regarde pas, elle se touche. Le créateur déploie des tweeds à tissage souple (« soft-loom ») et des velours côtelés dont l’irrégularité chromatique est obtenue par séchage au soleil après teinture.
Le manteau gris, pièce centrale, illustre cette technicité invisible. Tissé sur des métiers à navette lents — seuls capables d’emprisonner autant d’air dans la fibre — la flanelle acquiert une texture presque fondante, légèrement feutrée. La fermeture décalée, qualifiée de « Chesterfield déconstruit », n’est pas un artifice de style mais une étude de volume.
La technique invisible
Le « Geste » Luxsure réside ici dans ce que l’œil ne perçoit pas immédiatement. Sur un blouson rouge en laine et cachemire, Asakawa utilise une technique de « hand-stitch scooping ». L’aiguille ne saisit que la couche interne du tissu double, rendant la couture totalement invisible en surface. Ce refus de la démonstration technique apparente est la signature d’une Maison qui préfère la construction à la décoration.
Le denim lui-même subit un traitement d’archiviste : les fils de chaîne teints en corde conservent un cœur blanc, promettant une patine qui documentera l’usage plutôt que de subir l’usure.
Une trajectoire singulière
La présence de ssstein parmi les semi-finalistes du Prix LVMH 2026 n’est pas un hasard, mais la validation d’une méthode. Fondée en 2016 avec trois pantalons, la marque a construit son vocabulaire loin des strass, ancrée dans la réalité morphologique du client (un héritage des années où Asakawa ajustait des Levi’s 501 vintage pour ses clients de la boutique Carol).
Cette saison marque aussi une ouverture subtile vers le vestiaire féminin — ou plutôt, une dissolution des frontières, avec des pièces en taille XS et des jupes maxi deux voies qui suggèrent que le « calme » d’Asakawa est universel.
Le Détail : Le col double Le blouson à double col cache une astuce de montage : le col intérieur se replie et se range intégralement dans le col extérieur amovible. Une modularité silencieuse qui permet de passer d’une protection thermique maximale à une ligne épurée sans multiplier les pièces.










































