La Maison rémoise dévoile Vibrant Edition, écrin limité pour sa cuvée rosé. L’occasion de décrypter une méthode d’assemblage qui distingue Lanson dans le paysage champenois : 75 % de vins sans fermentation malolactique, quatre ans de cave, et l’apport mesuré de vins rouges de Bouzy et des Riceys.
Le champagne rosé se fabrique selon deux méthodes. La saignée consiste à laisser macérer brièvement les peaux de raisins noirs avec le jus, produisant une coloration naturelle. L’assemblage — technique privilégiée par la majorité des grandes maisons — ajoute une proportion de vin rouge tranquille à un vin de base blanc. Chez Lanson, cette seconde méthode atteint un degré de complexité qui mérite examen.
Le Rosé Création repose sur un assemblage de cinquante à soixante crus. La base se compose de Pinot Noir (50 %), Chardonnay (35 %) et Meunier (15 %), avec des approvisionnements répartis sur l’ensemble de la Champagne : Montagne de Reims (28 %), Côte des Bar (22 %), Côte des Blancs (13 %), Vallée de la Marne et Grande Vallée (11 % chacune). Cette dispersion géographique n’est pas anecdotique ; elle permet au Chef de Caves de moduler les caractères selon les millésimes.
Les 7 % qui font la couleur
La teinte rose saumonée caractéristique provient de l’ajout de 7 % de vins rouges tranquilles. Cette proportion, relativement faible, suffit à colorer l’ensemble grâce à la concentration des cépages sélectionnés. Les vins rouges se répartissent en trois tiers égaux : Pinots Noirs de Bouzy (Grand Cru de la Montagne de Reims), Pinots Noirs des Riceys (Côte des Bar, seule appellation champenoise à produire un rosé tranquille AOC), et Meuniers de la Vallée de la Marne.
Ce triptyque n’est pas arbitraire. Bouzy apporte structure et profondeur, Les Riceys une rondeur fruitée distinctive, le Meunier de la Vallée une souplesse qui équilibre l’ensemble. Les 30 % de vins de réserve rosés complètent la palette, assurant la continuité stylistique d’un tirage à l’autre.
L’exception malolactique
Lanson se distingue historiquement par le non-recours systématique à la fermentation malolactique — cette transformation bactérienne qui convertit l’acide malique en acide lactique, adoucissant le vin. Sur Le Rosé Création, 75 % des vins n’ont pas subi cette fermentation. Le résultat : une fraîcheur plus vive, une tension minérale préservée, un potentiel de garde allongé. Cette approche, minoritaire en Champagne, constitue la signature technique de la Maison depuis sa fondation en 1760.
Hervé Dantan, Chef de Caves, résume la philosophie :
« Chaque Rosé Création est un assemblage unique et délicat qui réinterprète l’élégance et la fraîcheur caractéristiques du style Lanson, avec une signature fruitée. »
Quatre ans de cave, dosage brut
Le vieillissement sur lies dure quatre ans — au-delà du minimum légal de quinze mois pour les champagnes non millésimés. Cette durée permet le développement d’arômes tertiaires tout en préservant la vivacité fruitée. Le dosage final, inférieur ou égal à 8 grammes par litre, classe la cuvée en catégorie Brut. La dégustation révèle des notes de framboise, grenade et orange sanguine au nez, complétées en bouche par la fraise, la groseille et le pomelo — un registre aromatique cohérent avec la dominante Pinot Noir.
Vibrant Edition : l’écrin saisonnier
L’édition limitée Vibrant Edition habille cette cuvée permanente d’un packaging temporaire. Deux formats : un étui individuel (55 €) et un coffret réunissant une bouteille et deux flûtes (85 €). Le design joue sur les vibrations de couleurs et les jeux de matières, transposition visuelle de la complexité de l’assemblage. Le positionnement calendaire — janvier, en amont de la Saint-Valentin — répond à une logique de gifting assumée.
Au-delà de l’habillage saisonnier, Vibrant Edition rappelle que le champagne rosé d’assemblage relève d’un artisanat précis. Choisir les terroirs, doser les cépages, calibrer l’apport de vin rouge, décider du passage ou non en malolactique, déterminer la durée de cave : autant de variables que le Chef de Caves ajuste pour maintenir un style reconnaissable d’année en année. Le contenu justifie le contenant.



