Il existe des territoires qui ne disparaissent jamais vraiment. Ils se déplacent. Ils se déposent dans l’imaginaire collectif, puis ressurgissent, transformés, lorsque le temps est prêt. Pour le printemps-été 2026, Leonard Paris convoque la Californie non comme une carte postale, mais comme une mémoire visuelle persistante, presque indélébile. Une Californie filtrée par les images, par la photographie, par cette lumière qui a toujours servi de révélateur aux désirs et aux métamorphoses.
Sous la direction créative de Georg Lux, la collection s’ancre dans une iconographie précise. Antonio Lopez, Slim Aarons. Jerry Hall surgissant entre les palmiers de Palm Springs. Les coussins de soie au bord des piscines mid-century. Les intérieurs excessifs et érudits de Tony Duquette à Beverly Hills. Rien ici ne relève de la citation décorative. Ces images fonctionnent comme des points de départ, des fragments d’un glamour californien qui a toujours su conjuguer insouciance et construction minutieuse de soi.
Les silhouettes traduisent cette tension. Robes fluides, drapées avec une aisance étudiée, évoquent le vestiaire des actrices de l’âge d’or hollywoodien sans jamais tomber dans la reconstitution. À leurs côtés, des caftans aériens, presque suspendus, rappellent une élégance de bord de piscine, où le vêtement accompagne le corps plutôt qu’il ne le contraint. Les volumes se permettent parfois l’exagération — formes « bonbon », proportions amplifiées — avant de se confronter à des tailleurs d’inspiration masculine, revisités tantôt avec douceur, tantôt avec une rigueur plus preppy.
Chez Leonard, la matière reste un langage central. Le crépon de soie presque transparent joue avec la lumière comme une pellicule surexposée. Le twill grège, brodé à la main de sequins et de strass dorés, introduit une densité tactile, jamais ostentatoire. Les jacquards de coton à rayures « cricket club », les popelines nettes, les voiles brodés de fleurs pastel composent un vestiaire qui assume la pluralité, sans chercher l’uniformité.
La couleur agit comme un filtre temporel. Abricot pâle, rose sorbet, verts d’eau et bleus ciel évoquent des polaroïds laissés trop longtemps au soleil. Des jaunes citron et des verts acidulés viennent rafraîchir l’ensemble, tandis que des touches de rouge grenade surgissent comme des éclats picturaux, presque accidentels. Les imprimés prolongent cette narration visuelle : palmes californiennes mêlées à des réminiscences de pop art, coquelicots inspirés de la vallée d’Antelope, motifs floraux aquatiques hérités des jardins de Duquette, jusqu’à un dessin néo Art déco qui renvoie aux cinémas-palaces des années 1930.
Ce que Leonard propose ici n’est pas un voyage géographique, mais une traversée d’images. Une manière de rappeler que la mode peut encore être un espace de rémanence culturelle, où le passé ne se fige pas, mais continue d’irriguer le présent. La Californie, chez Leonard, n’est pas un mythe figé. C’est une source, toujours active.































