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Issey Miyake Printemps-Été 2026 : quand le vêtement commence à penser

by pascal iakovou
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Le Centre Pompidou n’est pas un simple lieu de présentation. C’est un espace où les idées se déplacent, se confrontent, s’éprouvent. C’est là que Issey Miyake a choisi de dévoiler sa collection Printemps-Été 2026, intitulée Being Garments, Being Sentient. Un titre qui ne cherche pas l’effet, mais pose une hypothèse sérieuse : et si le vêtement n’était plus un objet passif, mais un être doté d’une forme de conscience ?

La question n’est pas nouvelle chez Issey Miyake. Depuis les origines, le vêtement y est pensé comme un système, un champ d’expérimentation entre corps, matière et espace. Cette saison, la réflexion s’approfondit. Le vêtement ne se contente plus d’accompagner le corps : il dialogue avec lui, parfois le précède, parfois le contredit. S’habiller devient un acte d’interprétation plus que de conformité.

La série GENERIC WEAR cristallise cette idée. T-shirts et sweats à capuche, archétypes du quotidien, y deviennent des formes évolutives, capables de changer de « peau ». Le familier sert ici de point d’ancrage pour mieux révéler l’étrangeté. Dans ARMS, les manches apparaissent là où on ne les attend pas. Le regard hésite : où commence le vêtement, où finit le corps ? La possibilité de porter une veste avec un bras à l’extérieur n’est pas un gimmick, mais une remise en cause directe des automatismes du vestiaire.

Cette logique organique atteint un point presque troublant avec PEU FORM, extension textile de la chaussure développée avec Camper. Ici, la frontière entre vêtement et accessoire disparaît. Une seule pièce de cuir artificiel enveloppe le corps, sans structure apparente. La silhouette ne s’impose pas : elle se forme, comme un organisme en croissance lente.

D’autres séries déplacent le propos vers le social. A SHOPPER’S BODY absorbe littéralement l’excès de consommation : poches démesurées, objets intégrés à la silhouette, jersey extensible collé au corps. Le vêtement devient symptôme. PALINDROME, réversible, brouille l’idée même d’intérieur et d’extérieur, tandis que CONCEALED s’intéresse moins à la forme qu’à l’espace entre le tissu et le corps, faisant du vide un élément de construction à part entière.

Les imprimés végétaux d’URBAN JUNGLE et les tricots ouverts d’ADVENTITIOUS poursuivent cette métaphore du vivant. Les palmiers urbains, photographiés puis traduits en plis et en surfaces textiles, incarnent une résilience discrète. Les ouvertures aléatoires rappellent que le vêtement, comme le corps, n’est jamais totalement maîtrisable.

L’expérience était prolongée par une installation sonore de Tarek Atoui, qui a intégré textiles, pierres, eaux et peaux dans une composition spatiale. Le défilé devenait alors un environnement sensible, où statique et vivant se confondaient.

Chez Issey Miyake, le futur ne se projette pas en lignes nettes. Il se teste, se plie, se retourne. Le vêtement ne cherche pas à séduire. Il cherche à comprendre — et, peut-être, à répondre.

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