Il est des lieux à Milan qui imposent le silence et l’observation. La Villa Mozart, chef-d’œuvre rationaliste de Piero Portaluppi, est de ceux-là. C’est dans cet écrin, siège historique de la Maison Serapian, que se joue pour le Printemps-Été 2026 une partition chromatique singulière. Intitulée « The Sunrise of Mestieri d’Arte », la collection marque la poursuite du dialogue entamé avec la designer britannique Bethan Laura Wood. Loin de la simple collaboration esthétique, ce projet interroge la capacité d’un savoir-faire quasi centenaire — le tressage Mosaico — à absorber des codes narratifs contemporains sans perdre son âme.
Le point de départ de cette saison est une technique picturale japonaise : le Bokashi, art du dégradé subtil utilisé dans l’estampe sur bois. Bethan Laura Wood transpose cette fluidité visuelle dans la rigueur mathématique du cuir tressé. Les modèles emblématiques de la maison, tels que le Secret ou le Anì, deviennent les supports d’un clair-obscur vibrant où l’azur, le rose, l’écru et le glace s’entrelacent. Ce n’est plus seulement un sac, mais une tentative de capturer la lumière mouvante d’une aube ou d’un crépuscule dans la structure fixe de la maroquinerie.
La matérialité de la collection s’ancre dans une recherche d’authenticité tactile. Outre le cuir nappa emblématique, la Maison réintroduit le cuir « Vaggiona », un tannage végétal toscan réputé pour sa patine et sa capacité à vieillir avec noblesse. Il côtoie ici des matières plus brutes comme le raphia naturel et la toile de lin, créant une tension intéressante entre la sophistication urbaine du Mosaico et une rusticité estivale maîtrisée.
La scénographie, conçue par la designer elle-même, prolonge cette réflexion sur la structure. En utilisant des profilés d’aluminium industriels anodisés pour créer les plinthes de présentation, Bethan Laura Wood établit un parallèle visuel avec les bandes de cuir du tissage Serapian. L’installation dialogue également avec l’architecture milanaise environnante, notamment les entrées du quartier de Porta Venezia, à travers l’usage de verres colorés imitant le vitrail. Maxime Bohé, CEO de la Maison, voit dans cette démarche une « projection des Mestieri d’Arte vers le futur » : une preuve que l’artisanat d’art, pour survivre, doit accepter d’être bousculé par le design radical.

























































